C’est la première fois que la ville de Dallas orchestre les commémorations de la mort de John Fitzgerald Kennedy. Cinquante ans après jour pour jour, à l’heure exacte de l’assassinat (19h30 heure française), une minute de silence sera observée vendredi en présence d’environ 5000 personnes réunies à Dealey Plaza, l’endroit même où le cortège présidentiel a été touché de deux balles. Parmi cette foule, des centaines de journalistes et "des dizaines de représentants d’autorités locales, étatiques et nationales", indiquent les organisateurs. Mais surtout de simples citoyens tirés au sort parmi les 14.000 inscrits plusieurs mois à l’avance. Des "conspirationnistes" rejetant la thèse officielle d’un tireur unique ayant agi seul devraient s'y mêler (mais la plupart participeront plutôt à l’hommage officieux prévu deux heures plus tard).

Le maire de Dallas, le démocrate Mike Rawlings, a beau insister sur la simplicité de l’événement, il reconnaît lui-même qu’il relève de "l’expérience cathartique" pour sa ville, stigmatisée comme celle "ayant tué le président". Depuis cinquante ans, "Dallas s’est soumise à la condamnation du monde avec un mélange d’énergie, de fierté, de complexe d’infériorité, de déni et de culpabilité collective, sans jamais se plaindre, mais sans jamais parler" de l’assassinat, analyse le conservateur du Dallas Museum of Art, Olivier Meslay, en introduction du catalogue de l’exposition Hotel Texas. Celle-ci réunit les chefs-d’œuvre exposés dans la suite présidentielle où JFK a passé sa dernière nuit.

"C’était la plus grande foule jamais rassemblée à Dallas"

"Dallas était bien établie comme la capitale américaine de l’extrême droite haineuse", explique Steve Davis, co-auteur de Dallas 1963, un ouvrage reconstituant l’atmosphère de l’époque et la chronologie des événements ayant mené à l’assassinat. Mais c’est un marxiste qui a été arrêté dans les heures qui ont suivi l’assassinat et pour ce spécialiste du sud-est des Etats-Unis, "ce qu’il s’est passé le 22 novembre 1963 à Dallas montre à quel point l’extrême droite était isolée". "Quelque 200 000 personnes étaient venues accueillir John et Jacqueline Kenned, souligne-t-il. C’était la plus grande foule jamais rassemblée à Dallas et la plus grande de toutes les étapes de la tournée texane" du président. Et si "Dallas reste internationalement connue comme la ville qui a tué Kennedy, de nouvelles générations plus diverses et tournées vers l’avenir ne ressentent pas la même honte" que leurs prédécesseurs, poursuit Steve Davis.

Il n’est pas sûr que les commémorations du cinquantième anniversaire de l’assassinat de JFK permettent de "réfléchir à la montée de l’extrémisme et aux façons dont la communauté peut le dépasser", comme le souhaite le maire de Dallas. Mais depuis la dernière journée mondiale de la paix, le 21 septembre, le Dallas Love Project couvre la ville de symboles d’espoir. En parallèle d’une nouvelle vente aux enchères de souvenirs de Kennedy, une journée d’actions bénévoles est également prévue au lendemain de l’anniversaire.