Comment ce jour a-t-il changé votre vie ?
Il n’a rien changé à ma vie, même si c’est certainement un événement très fort, je ne peux le nier. Tous les jours, je traitais de blessures comme celles-là. La différence, c’est que c’était le président.

Racontez-nous ce moment. Quelles émotions vous ont traversé ce jour-là ?
Vous ne ressentez pas réellement d’émotions. Vous agissez. Ce jour-là, j’étais dans une salle de conférences de l’hôpital Parkland. On a frappé à la porte et on m’a demandé de descendre aux urgences, car le président venait d’arriver, blessé. Nous sommes descendus par l’ascenseur et lorsque les portes se sont ouvertes, j'ai vu entre 75 et 100 personnes, toutes en costumes, debout dans la grande salle d’accueil. Je me suis dit : "Il se passe quelque chose”. Soudainement, cette foule s’est écartée pour nous laisser passer et je me suis dirigé dans le couloir qui dessert les deux salles d’opération. Madame Kennedy était assise sur une chaise pliante. Elle avait du sang sur ses vêtements.

Qu'avez-vous fait alors ?
En entrant dans la salle, j’ai été horrifié par ce que j’ai vu. Le président Kennedy était allongé sur le dos sur un chariot, avec la tête en sang. Le seul soulagement, c’était de constater que je n'étais pas le seul chirurgien : deux collègues venaient d’arriver. Je me suis placé à la gauche du président, Dr Perry à sa droite. Il m’a dit : “Bob, il y a une blessure ici dans le cou, juste au-dessus de l’os et tout près de la trachée”. Nous craignions que sa trachée soit atteinte, mais aussi l’artère qui alimente le cerveau. Nous avons pratiqué une incision pour faire une trachéotomie.

A ce moment-là, Kennedy était-il mort ?
Il tentait de respirer et l’électrocardiogramme montrait une excellente activité cardiaque. Il n’était pas mort. Lorsque je me suis mis derrière le chariot, c’est là que j’ai vu l’énorme blessure qu’il avait derrière la tête. Un tiers de son crâne, à l’arrière droit, était totalement ouvert. Puis son cerveau a commencé à couler hors de son crâne, sur la table. Après 4 ou 5 minutes, Dr Clark, notre professeur de neurologie, est entré dans la pièce et a regardé l’électrocardiogramme. Il a dit que l’activité cardiaque avait cessé. Il nous a dit : “Vous pouvez arrêter, car il est n’est plus avec nous”. C’est ainsi que le président a été déclaré mort.

Que s’est-il passé ensuite ?
Tout le monde a quitté la pièce, mais le Dr Baxter et moi sommes restés coincés entre le chariot et le mur. C’est à ce moment-là, lorsque nous n’étions plus que tous les deux avec le corps du président, qu’un prêtre est entré. Nous étions coincés, donc nous avons assisté à l’extrême-onction faite par le père Huber. Il a enlevé le drap de son visage, s’est penché à son oreille et lui a donné une absolution conditionnelle. Il allait se retirer lorsque Madame Kennedy est entrée. Elle a grimacé lorsqu’il lui a dit que l’absolution était conditionnelle. Mais elle n’a pas protesté. Elle est restée là un moment, puis elle a échangé les alliances : elle a passé celle de son mari sur son doigt, et la sienne sur celui de son mari. Elle a ensuite embrassé son pied qui dépassait du drap, puis elle est sortie.

Tout cela est arrivé en l’espace de 10 à 15 minutes ?
C’est cela.

Avez-vous vu d’autres blessures, en provenance de devant en particulier ?
Pas à ce moment-là. J’étais persuadé que la blessure à l’arrière de la tête était une blessure de “sortie” de la balle. Cela en avait toutes les caractéristiques. Des années après, lorsqu’on a pu visionner le film de Zapruder, j’ai été conforté dans mon opinion. Cela ressemble beaucoup à un tir provenant de la palissade, en haut du talus, en face. Et si cela correspond bien à la blessure que j’ai constatée, l’entrée de la balle a dû se faire ici (il pointe son front, vers la droite). Mais je ne l’ai pas vue. Je n’ai pas eu le temps d’inspecter cette partie-là de sa tête. Nous n’avons par ailleurs appris que le lendemain que l’autopsie faite à Washington avait trouvé une blessure dans le dos.

C’était la deuxième balle tirée dans le dos par Oswald ?
Haut dans le dos. Ce n’est qu’en visionnant le film de Zapruder, lorsqu’il a été montré au public à la fin des années 1970, que mes impressions se sont confirmées. Le cortège tourne lentement dans Elm Street. A ce moment, Mr et Mme Kennedy vont bien. Puis soudain, il tient sa gorge pendant un moment. Ça, c’est la première balle. Mme Kennedy se penche vers lui comme pour lui dire : “Qu’est-ce qui se passe ?”. C’est alors que la tête du président explose littéralement. Sa tête est projetée vers l’arrière et vers la gauche. Des gens ont dit que c’était l’effet réactif du cerveau (“jet effect”), mais cela n’a aucun sens. Il a été touché par une balle provenant de devant lui et l’a projeté vers l’arrière. Et le trou d’entrée, peut-être dans ses cheveux, devait être assez gros.

Quelle est votre conviction ?
Je pense que la première balle provient du cinquième étage du Dépôt de livres scolaires, là où était Lee Harvey Oswald. Cette balle l’a probablement touché dans le haut du dos et la blessure à sa gorge était sûrement la blessure de sortie de la balle. Quelques secondes après, une balle venant de la palissade l’a touché à la tête. J’ai connu un témoin oculaire qui a vu un homme avec un fusil au-dessus de la palissade.

Que pensez-vous de la version officielle de la Commission Warren ?
Ses conclusions sont fausses. Pourquoi ? Je ne sais pas. La plupart des gens pensent qu’il y a eu un complot. Plus qu’un seul tireur. En 1976, le Comité de la Chambre des représentants a été constitué et sa conclusion, en 1979, a été qu’il y avait eu “vraisemblablement” un deuxième tireur. Donc un complot. Mais les détails ne seront communiqués qu’en 2029, cinquante ans après. Pourquoi ? Parce que des gens impliqués encore vivants aujourd’hui seront morts en 2029 ?

Quelle est votre opinion personnelle ?
D’après moi, l’ordre de l’assassinat est venu du plus haut niveau de notre gouvernement. Comme beaucoup de livres le disent, des éléments de la CIA et du FBI sont impliqués. Un jour, un colonel de la Marine britannique est venu me voir. Il m’a dit qu’il avait connu Oswald sur une base de la CIA au Japon. Il y aurait été opérateur de radar. Donc, il était un agent en bas de l’échelle de la CIA. Je pense qu’il était là pour dévier l’attention du deuxième tireur, celui de la palissade.

Deux jours après, vous avez également opéré Lee Harvey Oswald, après que Jack Ruby lui a tiré dessus. Comment cela s’est-il passé ?
C’était dimanche, et au retour de l’église, j’allume la télévision. Et avant même que l’image ne se forme, j’entends : "On lui a tiré dessus !” Ruby venait de le descendre en direct. J’ai dit à ma femme : “Je ne déjeune pas à la maison, je retourne à Parkland. Oswald s’est fait tirer dessus”. Et elle m’a répondu “Qui est Oswald” ?

Quelle a été votre réaction à ce moment-là ?
Là, je me suis dis : “Qu’est-ce qui se passe?” C’était plus fort que la fiction ! Je suis arrivé à l’hôpital en même temps qu’Oswald. Lorsque je suis entré en salle d’opération, il était encore vivant. On aurait pu le sauver. Mais malheureusement, lorsqu’il a vu le tireur devant lui, il a eu le réflexe de se tourner. Il a pris la balle sur le côté, qui l’a traversé en touchant une grosse aorte. Cela ne l’a pas tué sur le coup. Au bout de 25 minutes, son cœur s’est arrêté. Nous avons pratiqué un massage cardiaque pendant 15 ou 20 minutes. Nous pensions qu’il allait revenir, mais non. Lorsque nous sommes sortis, il y avait là le policier qui avait emmené Oswald. Il m’a dit que lorsqu’il a été atteint, il lui avait demandé s’il souhaitait parler. Oswald aurait ouvert les yeux, comme pour réfléchir, et aurait fait “non” de la tête. Comme s’il préférait garder la vérité avec lui.

Pensez-vous que le vice-président Lyndon Johnson était derrière l’assassinat ?
Cela se pourrait bien. Il avait beaucoup à y gagner. Ce n’est pas fou de penser qu’il puisse être impliqué. Je ne pense pas qu’il ait décidé, mais il se pourrait bien qu’il l’ait su et qu’il l’ait approuvé. C’est juste ma théorie.

Dans ce cas, pourquoi le gouvernement continuerait-il de cacher la vérité 50 ans après ?
Pour protéger l’édifice. L’institution. Pour que le gouvernement ne soit pas tâché. Et certaines personnes sont sans doute encore vivantes…