Paris Match

La saga continue

Kennedy. La nouvelle vaguekennedy-la-nouvelle-vague-article-landscape-pm-v8.jpg Robert Jr., un des onze enfants de Robert Kennedy, avec sa fille Kyra, 18 ans, et deux de ses fils, William, 16 ans, et Aiden, 12 ans.

A Hyannis Port, le fils de Bobby, Robert Jr., fervent militant écologiste, nous parle de la génération montante. Qui fait aussi de la politique, mais autrement

Paris Match. Comment vous est venue votre vocation de militant écologiste ?
Robert Kennedy Jr. Enfant, je m’intéressais déjà à l’environnement. A 7 ans, j’élevais des pigeons voyageurs, puis des faucons et des aigles. A 8 ans, j’ai écrit au président Kennedy pour lui parler d’écologie. Je voulais rédiger un livre sur la pollution. Mon oncle m’a gentiment reçu à la Maison-Blanche. Il m’a présenté à son ministre de l’Intérieur, que j’ai interviewé à l’aide d’un gros magnétophone. Je n’ai achevé mon livre que vingt et un ans plus tard…

La nature faisait partie de votre environnement familial ?
J’ai toujours eu le sens de l’aventure. Chaque fois que nous partions en vacances, mon père nous emmenait faire du rafting sur les plus belles rivières de l’Ouest américain et visiter les tribus indiennes. Il voulait nous montrer à quel point la nature était le fondement de nos valeurs et de notre caractère.

Devenu avocat, vous êtes passé à l’action en vous en prenant directement aux pollueurs…
Nous voulions absolument nettoyer le fleuve Hudson. La pollution ruinait la vie de ses pêcheurs. Une nuit, j’ai remonté la rive sur plusieurs kilomètres et identifié une vingtaine de sources de pollution différentes. Pour recueillir des preuves, je plongeais avec des bouteilles à la sortie des canalisations contaminées. Nous avons lancé vingt-quatre procès le même jour à l’encontre des contrevenants. Nous les avons tous gagnés. Ce fut un tournant.

La désobéissance civile ne vous fait pas peur ?
J’essaie de l’éviter, mais il m’arrive encore de me faire embarquer par la police. Récemment, j’ai été arrêté avec mon fils Connor devant la Maison-Blanche. Nous manifestions contre la construction du pipeline KXL, qui doit transporter le pétrole extrait des sables bitumineux de l’Alberta jusqu’au Texas pour l’exporter ensuite vers la Chine. C’est le pétrole le plus sale qu’on ait jamais produit. Pour un baril de pétrole extrait, c’est un baril et demi de déchets qui sont rejetés.

La crise économique et le chômage ont-ils fait passer au second plan l’urgence écologique ?
Le débat n’est plus le même. Avant, c’était écologistes contre défenseurs du nucléaire, du pétrole ou du charbon. Aujourd’hui, le conflit oppose les technologies existantes aux nouvelles technologies disruptives, plus efficaces et plus propres. Une ampoule Led coûte 15 dollars à l’achat mais dure quinze ans et consomme seulement 1 dollar d’énergie par an. Une ampoule traditionnelle coûte 60 cents à l’achat mais consomme 14 dollars d’énergie par an. Le calcul montre que c’est l’économie qui va faire triompher l’écologie. Les énergies renouvelables vont l’emporter car elles seront moins chères.

Compareriez-vous la lutte que vous menez au combat pour les droits civiques dans les années 1960 ?
Une partie de l’élan vient de la base. Mais de grandes compagnies, telles que Siemens, Vestas et General Electric, nous ont rejoints. Elles investissent là où se situent l’avenir et leur intérêt : le solaire, la géothermie, l’éolien.

A quoi ressemble aujourd’hui la vie du clan Kennedy ?
La tradition est bien vivante. Nous avons gardé l’esprit de famille. On se retrouve tous les étés à Hyannis Port, dans la propriété des grands-parents. Il y a 85 cousins et l’on se voit tous les jours. Nous prenons nos repas ensemble. Les enfants jouent toute la journée et nous organisons de nombreuses activités.

Ressentez-vous parfois de la nostalgie ?
L’endroit est magique. On ressent très intensément l’histoire et, surtout, on est avec des gens qu’on aime. Il s’y passe toujours quelque chose. Les cousins préparent leur petit déjeuner puis partent en mer. Le soir, ils choisissent l’une des six maisons du domaine, ou l’une des douze qui lui sont adjacentes pour s’y retrouver. L’ambiance est joyeuse, chaleureuse.

Depuis la mort de votre oncle Ted, les Kennedy ont perdu leur chef. Qui dirige le clan désormais ?
Nous sommes plusieurs de ma génération impliqués dans la vie de la famille, dont le bon sens et la sagesse comptent.

Est-il difficile de grandir en portant le nom de Kennedy ?
J’ai toujours considéré que j’avais beaucoup de chance d’être un Kennedy. Ça ne m’est jamais apparu comme un fardeau. Mes enfants sont ravis d’appartenir à une famille nombreuse.

Pour eux, le double assassinat de votre oncle et de votre père fait-il partie d’un passé lointain ?
Ils ont pleinement à l’esprit l’importance de ces événements et de l’histoire de la famille. Ils ont en tête le discours d’inauguration du président Kennedy. Les cousins se sont retrouvés récemment pour célébrer le cinquantième anniversaire de sa visite en Irlande. Ils préfèrent commémorer les moments heureux.

"J’ai six bonnes raisons de ne pas faire de politique : mes six enfants"

Les jeunes Kennedy aiment-ils autant la politique que leurs aînés ?
Oui. Mon neveu Joe Kennedy vient d’être élu au Congrès. Mon fils Connor milite comme moi. Il est passionné d’histoire et de politique. La nouvelle génération est là, et bien là. La politique a été un métier mortel pour les Kennedy.

Est-ce cette menace qui vous a dissuadé de briguer un mandat électif ?
J’ai six bonnes raisons de ne pas le faire : mes six enfants ! On m’a proposé de briguer un siège de sénateur ici, à New York. Dans cette circonscription, la campagne électorale n’aurait pas été insurmontable. Une part de moi voulait le faire ; mais, finalement, je n’ai pas pu.

Cela fait cinquante ans cette année que le président Kennedy a été assassiné. Saura-t-on un jour avec certitude ce qui s’est passé à Dallas, ce 22 novembre 1963 ?
Plus d’un million de documents liés à l’enquête n’ont toujours pas été déclassifiés. Cela demeure un obstacle à la vérité. Néanmoins, l’examen approfondi des éléments d’enquête existants suffit à désigner des suspects probables et à démontrer qu’il s’agissait bien d’un complot, et non de l’acte d’un tueur solitaire.

Votre père, ministre de la Justice de JFK, n’était pas convaincu par les travaux de la commission Warren, qui a conclu que Lee Harvey Oswald avait agi seul…
Dans ses déclarations publiques, mon père soutenait ses travaux, mais en privé, il affirmait que la commission Warren était une blague et que ses conclusions étaient un exemple de travail bâclé. Au lendemain de l’assassinat de mon oncle, mon père a perdu tout contrôle sur la partie investigation du département de la Justice. J. Edgar Hoover, le patron du FBI, très proche de Johnson, en voulait énormément à mon père de l’avoir obligé à passer par lui pour accéder au président. Après l’attentat de Dallas, il ne lui a plus jamais adressé la parole.

Les actions très agressives menées par l’administration Kennedy contre le crime organisé auraient froissé les chefs de la Mafia ?
Quand mon père a demandé à des détectives de faire des recherches sur l’attentat, ils ont constaté que la liste des appels téléphoniques d’Oswald et de Jack Ruby ressemblait à un annuaire des chefs de la Mafia sur lesquels l’administration Kennedy avait enquêté. Il pensait qu’ils étaient plusieurs à être impliqués.

Votre père pensait-il que pour l’Amérique, déjà traumatisée par la mort de son président, la thèse du complot était trop lourde à porter ?
Non. Sa volonté était de rouvrir l’enquête. En 1968, pendant sa campagne présidentielle, à un étudiant qui lui posait la question, il l’a affirmé clairement.

Votre père a toujours fait preuve d’une extraordinaire audace en politique, qui passait souvent pour de l’arrogance. Comment un homme politique pouvait-il se permettre une telle indépendance ?
Quand mon père s’est lancé dans la course, en 1968, mon oncle Ted et la plupart des hommes de la “Nouvelle Frontière” ont tenté de l’en dissuader. Lui était fataliste, à sa manière. Après avoir perdu ce qui comptait le plus dans sa vie, son frère John, les considérations matérielles ont eu encore moins de prise sur lui. Mon père a alors décidé qu’il consacrerait le reste de sa vie à dire la vérité. Seuls ses principes comptaient, et l’idée de donner un sens à la vie. Au début de la campagne, il était convaincu qu’il allait perdre contre Johnson. Quand ce dernier s’est retiré, sa parole s’est totalement libérée. Mon père allait trouver les médecins pour leur parler de couverture universelle santé, une idée révolutionnaire à l’époque, et les fermiers blancs du Kansas pour les sensibiliser à la cause des Noirs. Il disait les choses telles qu’il les pensait, pas pour satisfaire les groupes de pression. Il voyait sa campagne comme une croisade morale. Il a vécu ce qu’il pensait au fond de lui-même, à savoir que les principes sont plus importants que les individus.

Pendant sa dernière campagne de 1968, n’étiez-vous pas un peu effrayé de le voir assailli comme une rock star ?
En tant qu’enfants, nous distinguions les deux côtés. C’était excitant de voir ces foules l’acclamer, particulièrement dans les quartiers pauvres de Harlem et du Bronx, là où il suscitait le plus d’espoir. Mais il y avait aussi ceux qui détestaient profondément mon père. Leur haine était palpable.

Vous avez déclaré récemment : “Notre démocratie est cassée.” Pourtant, vue d’Europe, l’élection d’un président noir est un beau symbole de vitalité pour la démocratie américaine !
Obama est évidemment un beau symbole. Mais, même sur la question des armes à feu, il est confronté à une paralysie complète du système parlementaire orchestrée par l’argent du pétrole, des groupes de pression et des grandes entreprises. Dans la famille, nous avons été élevés dans une morale de l’engagement, pour faire en sorte que l’Amérique soit à la hauteur de ses idéaux. Chaque fois que ces valeurs sont mises à mal par quelques sombres entités, notre devoir est de contre-attaquer pour les défendre.

Les confidences de Joe: “Je suis fier d’être un Kennedy”

Le petit-neveu de JFK, digne héritier de la ­dynastie, se jette à son tour dans la politique.

 

Ce jeudi 18 octobre, dans la soirée, Joe Kennedy a donné rendez-vous au très chic Wellesley College pour un meeting de campagne. C’est l’une des dernières universités exclusivement féminines aux Etats-Unis – Hillary Clinton est une ancienne élève. La foule est élégante. « Je le connais depuis qu’il est tout petit, il a toujours été entouré de femmes fortes et c’est un garçon formidable », lance sa grand-tante Vicki qui le présente au public. Vicki est la veuve du sénateur Ted Kennedy, décédé en 2009 après avoir dominé le Parti démocrate quatre décennies durant. Joe,  mèche rousse sagement posée sur le front, a des yeux bleus qui captivent l’attention.

Oui, c’est bien le petit-neveu de JFK, l’ancien président des Etats-Unis, et le petit-fils de Robert, l’ex-attorney général assassiné en 1968. Difficile de le cacher. Son visage lisse trahit sa jeunesse – 32 ans. Il est le premier de la troisième génération à se présenter à une élection législative. S’il est élu, le 6 novembre, Joe signera le grand retour des Kennedy au Congrès, que la famille a déserté en 2011 – après soixante-quatre ans de présence –, quand Patrick, fils de Ted, élu de Rhode Island, a décidé de ne pas se représenter. Face à son rival républicain Sean Bielat, un ancien marine de 37 ans, Joe a une bonne chance de l’emporter tant le nom des Kennedy est enraciné dans cette 4e circonscription du Massachusetts. Joe semble échapper à la tragédie familiale. Il vient d’annoncer ses fiançailles avec Lauren Anne Birchfield, une camarade de promotion de Harvard dont il est diplômé. Pour Paris Match, il confie les raisons de son engagement.

Paris Match. Pourquoi voulez-vous vous faire élire ?
Joe Kennedy. Parce que je sais depuis tout petit qu’en politique, quand on fait bien son job, on peut changer la vie des gens. J’ai consacré toute ma vie au service public en tant que volontaire au Peace Corps [agence pacifiste fondée par son grand-oncle Sargent Shriver] puis comme substitut du procureur du Massachusetts. J’adorais ce métier. Mais quand Barney Frank, l’élu de cette circonscription, a décidé de ne pas se représenter au Congrès, j’ai pensé que le moment était venu de me lancer.

Comment votre famille vous soutient-elle ?
Chez moi, j’ai toujours entendu dire : “La politique, c’est d’abord les gens.” Le meilleur conseil que j’aie jamais reçu, c’est quand quelqu’un m’a dit : “Tu verras, dans une campagne, il y a toujours un jour où rien ne va. Dans ce cas-là, va sur le terrain, frappe aux portes, présente-toi, demande aux gens comment tu peux les aider. A la fin de la journée, tu te sentiras mieux.” J’ai essayé, ça marche. Je prends beaucoup de plaisir à faire campagne, à écouter les gens me ­raconter leurs problèmes et à leur ­proposer des solutions.

Vous parliez beaucoup de politique à table à la maison ?
Oui. Mon père [Joe Kennedy II, congressman élu six fois] m’a raconté que, lorsqu’il était enfant, mon grand-père et ma grand-mère obligeaient tout le monde à lire un article de journal pour en discuter à dîner. Ça donnait des conversations très animées. Moi aussi, j’ai été élevé dans l’engagement politique. Quand j’étais jeune, on parlait surtout des grandes causes comme la justice sociale, qui est un de nos chevaux de bataille, plutôt que de politique politicienne.

Etes-vous fier d’être un Kennedy ?
Oui. Les Kennedy ne sont pas toujours d’accord entre eux, mais ils forment une grande et vraie famille, très forte et incroyablement soudée. Je suis très fier d’en faire partie.

Kennedy, le chirurgien de Parkland accuse

Kennedy, le chirurgien de Parkland accuse

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A l'occasion de la sortie en salles de «Parkland», retrouvez le grand article consacré au docteur Crenshaw. C’est lui qui, le premier, a vu le corps du président assassiné le 22 novembre 1963. Nous l'avions rencontré en 1992.

 

C'est en voyant ce document que Charles Crenshaw  a crié à l'imposture : « Quelqu'un a modifié les blessures du président entre Dallas et Washington!» affirme-t-il après la publication des photos d'autopsie de J.R Kennedy qui figuraient au dossier Warren. Interne en chirurgie à l'hôpital de Dallas en 1963, Crenshaw faisait partie des dix médecins qui ont vainement tenté de ranimer le patient n 24 740. Vingt-huit ans plus tard, devenu professeur à la faculté de Southwestern, chef de service à l'hôpital John Peter Smith, le mandarin n'a plus peur de parler. «Après avoir soigné à Parkland des dizaines de blessés par balles, il ne faisait aucun doute pour moi, dit-il, que les deux blessures à la tête du président étaient le résultat de deux projectiles tirés de face.» Cette thèse dément la théorie officielle du tireur isolé qui aurait atteint le président à l'arrière du crâne depuis une fenêtre du sixième étage.

Retour au Dealey Plaza. De jour comme de nuit, chacun vient y revivre le drame à sa manière. Ce soir d'août 1990, c'est un homme révolté qui immobilise sa voiture sur Elm Street pour faire sa propre reconstitution. Pendant des années, Charles Crenshaw, éminent chirurgien de Dallas, est passé des centaines de fois devant le dépôt de livres scolaires sans jamais s'arrêter, refusant obstinément de marcher à l'endroit de l'assassinat. Mais, ce jour-là, six photos noir et blanc qu'il vient de voir pour la première fois ont suffi à ranimer sa colère et ce dilemme qu'il porte en lui depuis vingt-sept ans. Elles proviennent de l'hôpital naval de Bethesda. Un ami les a obtenues secrètement. Ce sont les photos officielles de l'autopsie du président Kennedy pratiquées à Washington en 1963. « Un mensonge historique flagrant», estime d'emblée le chirurgien. C'est le genre d'étincelle qu'il attendait pour se libérer de son secret. Charles Crenshaw s'est juré de briser cette autre conspiration qui plane sur l'affaire Kennedy: le silence du corps médical. «Quelqu'un a modifié les blessures du président entre Dallas et Bethesda, dit-il en désignant du doigt la palissade en bois du Dealey Plaza d'où seraient partis les coups de feu des conspirateurs. D'après ce que j'ai observé à l'hôpital de Dallas, Kennedy a été touché deux fois de face. II faut en finir avec cette conspiration du silence. »

Un homme en colère

Charles Crenshaw est un homme en colère. Son nom, cité par cinq témoins différents, apparaît neuf fois dans le volume VI du rapport Warren. Pourtant, les sages de la commission n'ont jamais cherché à l'entendre. Que leur aurait-il dit ? Que ce 22 novembre 1963, peu après 12 h 30, Charles Crenshaw, jeune interne en chirurgie de garde à l'hôpital Parkland de Dallas, était là quand le président ensanglanté, allongé sur un brancard, a franchi la porte des urgences. II était parmi les dix médecins, réanimateurs, cardiologues, chirurgiens qui, pendant vingt minutes, ont désespérément tenté de sauver Kennedy. Le président des Etats-Unis est mort sous ses yeux. Plusieurs fois, en plein colloque médical ou au milieu d'un banquet de Dallas, il a voulu se saisir du micro pour crier sa vérité. Plusieurs fois il a failli prendre le téléphone et appeler une station de télévision pour démentir l'histoire officielle. Mais, à l'ultime instant, il a toujours reculé. Au lendemain de l'assassinat, le Dr Baxter, légendaire chirurgien-chef de Parkland, s'est bien fait comprendre devant ses internes : « Quiconque parmi vous se fera un dollar sur la mort du président verra sa carrière médicale ruinée à jamais. » Terrorisés par l'acte de foi du «pacha», les jeunes médecins de Dallas se sont murés dans un silence absolu. Ils n'ont jamais oublié non plus ces « hommes en gris », agents du Secret Service ou policiers en civil, qui déambulaient dans les couloirs de l'hôpital, l'arme au poing, menaçant les médecins sur leur passage. Ni ces morts «suspectes», une vingtaine au total.

Tous des témoins proches de l'affaire qui continue de hanter Dallas. Aujourd'hui, qui pourrait intimider ce mandarin de 59 ans, professeur à la faculté de Southwestern, chef du service chirurgie de l'hôpital John Peter Smith de Fort Worth ? Charles Crenshaw, notable à la réputation impeccable, préside de multiples associations de recherche scientifique. « Ma carrière médicale est derrière moi, dit-il. Je n'ai plus peur ni des "hommes en gris" ni des "hommes en blanc".» En 1963, il n'était qu'un jeune interne bourré d'ambition et d'illusions sur son pays. En quelques minutes, tout s'est précipité. Le 22 novembre 1963, le Dr Crenshaw est tout surpris d'entendre son nom dans les haut-parleurs de Parkland. «Docteur Crenshaw, le président a été abattu ! hurle la standardiste de l'hôpital, paniquée. II arrive ! » D'abord paralysé par la nouvelle, le chirurgien se précipite dans le couloir  et dévale les deux étages en direction de la salle des urgences, battant le rappel des médecins sur son passage. Quelques instants plus tard, John Fitzgerald Kennedy est poussé sur un brancard, au milieu d'un tourbillon de gardes du corps, à l'intérieur de la salle des urgences n°1. Patient n°24740. Dans ce chaos total, Crenshaw regarde autour de lui et constate qu'à cet instant il est le seul chirurgien présent. Lyndon B. Johnson a trouvé refuge dans une salle de garde attenante. Craignant un complot visant à éliminer tout le gouvernement américain, les agents du Secret Service l'ont caché derrière un rideau.

Paris Match. Qu'avez-vous vu en entrant dans la salle des urgences de Parkland ?
Dr Charles Crenshaw. Je me suis d'abord trouvé face à Jacqueline Kennedy. Si elle ne s'était pas tenue debout, j'aurais juré qu'elle avait été blessée, elle aussi. Ses mains et ses vêtements étaient couverts de sang et de tissus cérébraux. Puis j'ai été frappé par la taille imposante du président. Ses pieds dépassaient du brancard. Je me tenais au niveau de sa taille au moment du premier examen. Son visage était intact. Ses yeux étaient ouverts et divergents.

A son arrivée à Parkland, le président donnait-il encore des signes de vie?
On percevait à peine son pouls. II respirait par intermittence et très faiblement. Sa tension artérielle était nulle.

Quelle a été votre première impression en observant ses blessures?
J'ai remarqué immédiatement que tout l'hémisphère droit du cerveau manquait. En voyant cette blessure sur la droite de la tête, on pouvait affirmer avec certitude que la balle avait pénétré le crâne du président au niveau de la tempe droite d'une façon presque tangentielle, endommageant sur son passage l'os pariétal et l'occipital avant de ressortir à l'arrière du crâne, où l'on relevait une plaie béante. J'ai également noté, sous la pomme d'Adam, une seconde blessure. Un autre impact de balle du diamètre d'un stylo. Après avoir soigné  à Parkland des dizaines de blessés par balles, il ne faisait aucun doute pour moi que les deux blessures à la tête du président étaient le résultat de deux projectiles tirés de face.

P.M. Si l'attentat survenait aujourd'hui, la médecine moderne pourrait-elle le sauver?
Absolument pas. John Fitzgerald Kennedy est arrivé à Parkland dans un état désespéré. Nos multiples techniques de réanimation se sont avérées inutiles. Après vingt minutes, le président avait les yeux fixes et les pu  pilles dilatées. Nous avons abandonné. Cet échec a miné toute notre vie. Quand j'ai aperçu, dans la poubelle, sous la table d'opération, le bouquet de roses rouges de Jackie Kennedy mêlé au sang de son mari, des larmes ont envahi mes yeux. Je respirais fort. Je ne me souviens plus qui a fermé les yeux du président. II était 12 h 52 quand j'ai regardé ma montre.

"Le cerveau de Kennedy a disparu"

Quand avez-vous vu le président Kennedy pour la dernière fois?
Après avoir enveloppé son corps dans deux draps, avec l'aide d'un médecin et de deux infirmières, nous l'avons déposé dans un cercueil de bronze qui a été scellé. Avant d'ordonner de bouger le corps, j'ai inspecté une dernière fois ses blessures à la tête. Je fus le dernier médecin de Parkland à les voir.

Pourquoi, en violation flagrante de la loi du Texas, l'autopsie du président n'a-t-elle pas eu lieu à Dallas?
Le ton a rapidement monté entre les médecins et les agents du Secret Service, survoltés. Sans aucune discussion, l'arme à la main, ils ont encerclé le cercueil sur lequel Jacqueline Kennedy avait posé sa main gauche. Visiblement, ils avaient reçu des ordres précis. Depuis l'aéroport, Johnson avait fait savoir qu'il ne quitterait pas Dallas sans le corps du président. Dans le hall, le médecin légiste de l'hôpital a tenté de s'interposer: "II y a eu homicide, l'autopsie doit avoir lieu ici." Alors, un agent du Secret Service a braqué son arme sur lui en le menaçant: "Nous prenons le corps maintenant!" Et ils sont partis pour l'aéroport. » Deux heures plus tard, dans le ciel des Etats-Unis, le nouveau président, qui vient de prêter serment à bord d'«Air Force I », reçoit la nouvelle selon laquelle l'assassinat est l'acte d'un tueur isolé et qu'aucune conspiration n'existe. L'information n'émane pas de Dallas, mais de l'état-major de crise, au sous-sol de la Maison-Blanche. Ce soir-là, Charles Crenshaw, ivre de fatigue, se couchera vers 2 heures. Avant de s'endormir, il aperçoit pour la première fois à la télévision le visage de Lee Harvey Oswald, qui aurait abattu Kennedy par-derrière, depuis une fenêtre du sixième étage. « C'est impossible », se dit-il. II n'en croit pas ses yeux.

Pourquoi n'avoir rien dit dès le premier jour ? Pourquoi avoir gardé votre secret vingt-neuf ans ?
Par peur et par naïveté. Je pensais, naïvement, que notre gouvernement ferait tout pour connaître la vérité. Tous les médecins de Parkland, ce jour-là, ont pensé que Kennedy avait été touché de face, puis ils ont changé d'avis. J'ai compris plus tard qu'il y avait quelque chose de "pourri" dans cette Amérique de 1963.

De quoi avez-vous eu peur?
Mon ambition professionnelle était dévorante. En témoignant à contre-courant, lançant ma bombe devant la commission Warren, je serais  devenu un paria de la médecine. J'aurais perdu mon emploi.

Quelle a été votre réaction en voyant pour la première fois les photos officielles de l'autopsie?
Je n'arrivais pas à croire que c'était le même homme que j'avais déposé dans son cercueil à l'hôpital de Dallas. Bien évidemment, c'était le corps de Kennedy, mais quelque chose s'était passé entre Parkland et Bethesda. De gros efforts avaient été faits pour reconstituer la partie arrière du crâne du président, tandis que sa blessure à la gorge avait été grossièrement élargie.

Vous voulez dire qu'au moment de la photo officielle quelqu'un a replié le cuir chevelu du président sur sa blessure?
C'est le seul scénario possible. A Dallas, j'ai vu à l'arrière de la tête une plaie béante sanguinolente, un trou de neuf à dix centimètres de large sur la droite. Sur la photo de Bethesda, une minuscule plaie a été créée sur le crâne avec un scalpel pour faire croire à l'impact d'une balle imaginaire tirée de l'arrière.

Selon vous, l'autopsie officielle du président, à Bethesda, a donc dissimulé la vérité?
Oui. L'autopsie officielle est une supercherie. II y a plus troublant encore. Deux témoins ont juré que le corps du président était arrivé à l'hôpital naval de Bethesda enveloppé dans un sac en plastique de l'armée et dans un cercueil en bois ordinaire. Or il a quitté Dallas dans un cercueil de bronze, enveloppé   dans des draps...

L’ouverture intégrale des archives officielles sur l'assassinat de Kennedy permettra-t-elle de connaître un jour la vérité ?
Les conspirateurs ont probablement fait disparaître toutes les informations compromettantes. Rouvrir les archives n'est pas suffisant. II faut nommer un procureur pour relancer une enquête indépendante. Médicalement, l'exhumation du corps de John Fitzgerald Kennedy est la seule solution, à moins que l'on puisse analyser enfin les restes de son cerveau. Mais le cerveau de Kennedy a disparu pendant l'autopsie officielle.

Le docteur Charles A. Crenshaw est mort dans sa maison de Fort Worth, près de Dallas, en 2001. Il avait 68 ans.

Jackie Kennedy: les confidences de son garde du corps

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Lorsque JFK s'effondre sur les genoux de Jackie Kennedy à Dallas, Clint Hill est le premier à se précipiter vers la voiture présidentielle. Au service de Mrs Kennedy pendant quatre ans, l'ancien garde du corps revient sur cette terrible journée qui marqua la fin de l'insouciance pour la First Lady. 

 

« Quand j’ai su qu’on m’avait nommé garde du corps de Jackie Kennedy, j’ai pris ça pour une sanction. J’avais fait partie de la garde rapprochée de Dwight Eisenhower. Avec lui, j’avais l’impression d’être au centre du monde. Moi, l’enfant adopté du Dakota du Nord. Je n’avais rien contre Mrs.  ­Kennedy, mais je ne me sentais aucune affinité avec elle. J’avais 28 ans, je ne me voyais pas courir les thés dansants et les galas de charité avec la First Lady.

Je la rencontre pour la première fois le 11 novembre 1960, quelques jours après l’élection de son mari. Elle m’a donné rendez-vous chez elle, à Georgetown. Je suis l’adjoint de son principal garde du corps, l’agent Jim Jeffries, qui fait les présentations. Plus belle que dans les magazines, d’une distinction folle, elle est enceinte de John, qui naîtra deux semaines plus tard. Je la salue en la regardant droit dans les yeux. Elle me fixe un instant, puis détourne le regard. J’ai compris qu’il faudrait l’apprivoiser pour gagner sa confiance. Un de mes collègues, choisi pour ce poste, n’y était pas parvenu. Il avait été muté. Mes supérieurs ont dû penser qu’entre nous ça ­collerait. Ils ont eu raison. On m’a accusé ensuite d’être tombé amoureux d’elle. Nous avions des liens d’amitié étroits, mais je ne crois pas qu’on puisse parler d’amour. Je l’appelais “Mrs. ­Kennedy” ; elle, “Mr. Hill”. La plupart du temps, j’attendais qu’elle m’adresse la parole.

Clint Hill: “C'était une première dame radieuse, rayonnante, qui, sous ses airs sages, aimait la provocation”

Un jour, dans la voiture qui faisait route vers sa maison de campagne, ­j’allume une ­cigarette en prenant soin d’entrouvrir la fenêtre. Mrs. ­Kennedy ordonne au chauffeur de se garer et de descendre. “Pas vous, me dit-elle. Venez derrière, à côté de moi.” Je m’exécute. Elle me regarde d’un air malicieux et me dit : “Mr. Hill, auriez-vous l’obligeance de m’offrir une de vos cigarettes ? S’il vous plaît, allumez-la pour moi”. Et, en souriant : “Ce sera un de nos petits secrets.” Il y en a eu beaucoup d’autres par la suite. Je savais bien des choses sur sa vie, mais sans doute pas tout. Elle était toujours d’humeur égale, jamais en colère, ni stressée, sauf au début, où je voyais bien que la foule lui faisait peur. Je n’ai jamais su si elle était jalouse de son mari. Je n’ai senti aucune tension entre elle et lui. Quand Marilyn Monroe a fait son show au Madison Square Garden pour le 45e anniversaire du président, Mrs. Kennedy a sans doute lu tous les comptes rendus dans la presse, mais jamais nous n’en avons parlé ensemble. Tout ce que je voyais, c’était une première dame radieuse, avide d’aventure, déterminée, à qui son mari ne savait pas dire non.

Elle était très soucieuse de son image. Je l’ai vue furieuse contre le magazine “Life”, qui avait diffusé une photo d’elle en train de faire une chute de cheval. Un jour, alors qu’elle était en vacances à Hyannis Port, elle m’envoie acheter des jouets à la boutique Lorania’s Toy & Book Shop. Je n’étais pas payé pour cela, elle le savait, mais j’étais incapable de le lui refuser. Avant que je parte, elle me dit, l’air de rien : “Oh, Mr. Hill, pendant que j’y pense, pourriez-vous acheter quelques magazines ?” Elle raffolait des tabloïds et adorait se regarder en photo, mais il ne fallait pas qu’on la voie les acheter. Sous ses airs de jeune fille sage, Mrs. Kennedy aimait la provocation. Un jour, en Inde, elle découvre une toile très osée qui représente les positions du Kama-sutra. Quand elle me l’a montrée, j’ai senti mes joues s’empourprer. “Ça sera très bien dans la salle à manger de la maison de campagne. Cela facilitera les conversations. Qu’en dites-vous, Mr. Hill ?” “Bien sûr, madame”, ai-je répondu poliment.

Pendant trois ans, j’ai fait les plus beaux voyages de ma vie. Elle était reçue partout comme une princesse. Son voyage officiel en France fut très réussi. La foule parisienne l’acclamait et je n’oublierai jamais les regards fascinés que lui ­lançait Charles de Gaulle lors du dîner d’Etat dans la galerie des Glaces à Versailles. Il était assis entre elle et le président ­Kennedy mais n’avait d’yeux que pour elle. Mrs. Kennedy parlait couramment le français. Le Général a succombé à son charme – comme d’autres chefs d’Etat plus tard.
Au début de la présidence, elle passait beaucoup de temps à la Maison-Blanche. Elle s’était mis en tête de la rénover. Je l’entends encore me dire, alors qu’elle venait de faire le “tour du propriétaire” avec Mamy Eisenhower, la First Lady sortante : “Il va y avoir plus de boulot que je ne pensais.” Pour elle, rendre son lustre à la demeure présidentielle était une question de principe. “C’est la maison du peuple américain, elle doit être parfaite”, me disait-elle. Début 1961, on est allés faire la tournée des antiquaires à New York. Elle me logeait au Carlyle Hotel, où elle disposait à l’année d’un somptueux duplex décoré de Picasso, de Degas et de Murillo. La décoration était une de ses passions, et la Maison-Blanche en a bien profité.

Dès qu’elle le pouvait, elle s’échappait à Glen Ora, une jolie maison du XVIIIe siècle, près de Washington, qu’elle avait dénichée fin 1960. Dans le jardin, il y avait des étables pour les chevaux. L’équitation était son passe-temps favori. Son cheval préféré s’appelait Bit of Irish. Puis est arrivé ­Sardar, un pur-sang offert par le président du Pakistan, Ayub Khan, lui aussi tombé sous son charme. Mrs. Kennedy passait des week-ends de quatre jours à Glen Ora. Le président la rejoignait le samedi matin pour repartir le dimanche soir. En définitive, ils se voyaient assez peu. Mais ils avaient leurs rites.

Les Kennedy au complet passaient Noël à Palm Beach, l’été à Hyannis Port. Il fallait planquer les clés des voitures officielles pour éviter de se les faire voler par Teddy, Eunice ou Sarge Shriver. C’est arrivé plus d’une fois, alors qu’on avait besoin de partir en urgence pour aller chercher le président. Avec sa belle-famille, Mrs. Kennedy semblait toujours très à l’aise. Elle n’aimait pas le côté ultracompétitif et ­suractif de certains des membres du clan, notamment d’Ethel, la femme de Robert, l’Attorney General. En revanche, elle était complice avec Joe, le père du président, que tout le monde appelait “l’ambassadeur”, parce qu’il avait été en poste à Londres sous la présidence Roosevelt. Quand “l’ambassadeur” a perdu l’usage de la parole après sa crise cardiaque, à Noël 1961, elle s’est beaucoup occupée de lui. Elle montait dans sa chambre pour lui lire les journaux.

Ses enfants étaient sa priorité. Ils étaient parfaitement bien élevés. Caroline était proche de son père. Un jour, en vacances, le président lui apprenait à barrer un bateau. Une fois sur terre, je la félicite pour ses prouesses. “Merci, mais c’est papa qui a tout fait.” Le président et moi nous sommes regardés, étonnés et hilares.  En janvier 1963, Mrs. Kennedy vient me voir et me dit : “Oh, Mr. Hill, vous avez probablement remarqué que je ne suis pas montée à cheval quand nous étions à Glen Ora le week-end dernier.” Je lui réponds qu’à Palm Beach, à Noël, elle s’est également abstenue de faire du ski nautique, un de ses sports favoris. J’ajoute : “Pour quand est l’heureux événement ?” Avec son rire communicatif, elle me répond que c’est pour mi-septembre. “On ne peut vraiment rien vous ­cacher, Mr. Hill !”

Mrs. Kennedy a passé la fin de sa grossesse à Hyannis Port. Malheureusement, l’enfant est né avec plus d’un mois d’avance. Je me souviendrai toujours du jour où Paul ­Landis, mon adjoint, l’a emmenée d’urgence à l’hôpital. Le nourrisson, Patrick, avait de gros problèmes respiratoires. On l’a mis en couveuse. Le président a accouru depuis la Maison-Blanche. C’est lui qui m’a ordonné d’appeler un prêtre pour le baptême. Il savait que le bébé était entre la vie et la mort. Il a succombé le 9 août à 4 h 15 du matin.  Mrs. Kennedy était d’une tristesse infinie. Pour l’aider à remonter la pente, Aristote Onassis, un ami de sa sœur Lee ­Radziwill, l’a conviée à partir en croisière sur son yacht, le “Christina”. J’étais sidéré que le président accepte. La ­dernière fois que Mrs. Kennedy s’était rendue en voyage privé en Grèce, il m’avait convoqué dans le bureau Ovale. “La ­première dame ne doit approcher Mr. Onassis sous aucun ­prétexte”, m’avait-il dit, son frère Robert à ses côtés. C’était en juin 1961. Onassis avait mauvaise réputation. Il était sous le coup de poursuites judiciaires américaines. Je ne suis pas ­parvenu à savoir si le président avait d’autres motifs plus personnels contre lui. Mais, cet été 1963, le mot d’ordre avait changé. La première dame a donc pu accompagner ­Onassis sur son yacht.

A bord, il a tenté en vain de m’intimider. Il aboyait ses ordres, c’était un personnage peu sympathique. Mais ce voyage a fait un bien fou à Mrs. Kennedy. A son ­retour, elle avait retrouvé le sourire. Elle était aussi plus proche que jamais de son mari. Je les vois pour la première fois se tenir la main en public, avoir des gestes tendres. A la fin de l’été 1963, Mrs. Kennedy m’annonce son intention d’accompagner son mari en tournée électorale au Texas. C’est une première. “Je veux faire tout mon possible pour l’aider”, me dit-elle. Sa présence est un gros atout pour le président, dont la popularité a fortement chuté dans les Etats du Sud. “Mais, Mr. Hill, pensez-vous que c’est raisonnable ?” Récemment, Adlai Stevenson, un ami proche, ambassadeur à l’Onu, s’est fait cracher dessus à Dallas. Elle a peur que l’incident ne se reproduise. “On ne sait jamais, mais il n’y a pas de raison particulière”, ai-je répondu. Je le regrette encore.

La journée du 22 novembre 1963 avait bien commencé. Nous sommes à l’hôtel Texas de Fort Worth. Le président et la première dame occupent la suite 850. A 8 h 30, il a un premier meeting dans la grande salle à manger et me demande de lui dire de le rejoindre. Je frappe à sa porte, elle me répond que ce n’est pas prévu au programme. J’insiste, elle arrange sa coiffure et descend. Un tonnerre d’applaudissements salue son entrée. Le président se lève et se présente comme “celui qui accompagne Jackie Kennedy”, ainsi qu’il l’avait fait à Paris. Eclats de rire. La réunion est un succès. Puis nous embarquons à bord d’Air Force One pour quinze minutes de vol en direction de Dallas. A Love Field, l’aéroport, le président et la première dame montent dans la limousine SS-100-X, la Lincoln décapotable qui sert pour les grands défilés. Un grand déjeuner avec 2 600 partisans les attend au Trade Mart. Nous passons par le centre de Dallas. Les rues sont bondées. Le président salue, ravi. Il est assis à droite, à l’arrière de la limousine, et Mrs. Kennedy à sa gauche. Je suis debout sur la passerelle latérale de la voiture suiveuse, prêt à intervenir.

“John que t'ont-ils fait?” hurle-t-elle, et le président s'effondre sur ses genoux

Il est 12 h 30 quand nous arrivons à Dealey Plaza, à l’angle de Houston et Elm Streets. Un premier coup de feu retentit. Il vient d’en haut, derrière moi, d’un immeuble où je n’avais rien remarqué d’anormal. En tournant les yeux vers celui-ci, je vois le président se tenir la gorge. Je bondis sur le coffre de la limousine. Une deuxième détonation retentit. Je ne l’entends même pas. Sous mes yeux, le crâne du président explose. Sa cervelle gicle. Des morceaux atterrissent sur mon costume et sur le tailleur de Mrs. Kennedy. Elle se précipite vers l’arrière, sur le coffre. Elle veut ramasser quelque chose, je réalise que ce sont des parcelles de la tête de son mari. “John, que t’ont-ils fait ?” hurle-t-elle. Je la réinstalle vite sur son siège. A la troisième explosion, je vois le président s’effondrer sur les genoux de Mrs. Kennedy. Ses yeux sont tournés vers le ciel, ouverts, sans vie. Le sang coule abondamment. Je peux voir au travers de son crâne, fendu par une plaie béante côté droit. Le chauffeur accélère. Il fonce vers l’hôpital Parkland, tout proche. Une fois sur place, je demande à Mrs. Kennedy de lâcher son mari. Tout le trajet, elle s’est cramponnée à lui. Je réalise dans son regard qu’elle ne veut pas qu’on le voie dans cet état. Je ­dépose la veste de mon costume sur son visage ensanglanté. Elle ­dessert son étreinte. Quand le président est transféré dans la salle Trauma 1, il respire encore. Mais, quelques minutes plus tard, le décès est officiellement constaté.

Tout au long de cette épouvantable journée, Mrs. ­Kennedy a fait preuve d’une incroyable dignité. Elle est restée assise seule, dans le couloir de l’hôpital. J’aurais voulu lui venir en aide, mais il n’y avait rien à faire. Ses yeux étaient désespérés. Elle a refusé de changer de tailleur. Elle voulait “montrer à la face du monde” ce qu’on avait fait à son mari.
C’est à moi que revint la sinistre tâche d’appeler les pompes funèbres et de commander un cercueil. Celui qui fut livré était trop large pour les portes d’Air Force One : il fallut cisailler ses poignées latérales. Une fois à bord, Mrs. Kennedy s’est installée dans la cabine présidentielle, pour la dernière fois. Elle m’a fait venir et m’a demandé : “Mr. Hill, que va-t-il vous arriver ?” J’étais sidéré qu’elle pense à moi en cet instant ! “Tout ira bien pour moi, Mrs. Kennedy”, lui ai-je répondu, les larmes dans les yeux. Air Force One atterrit à 17 h 58 à Washington. Bobby, le frère du président, était là pour accueillir Mrs. Kennedy. Tout est allé très vite. Les jours suivants, elle a réglé dans les moindres détails l’enterrement, qu’elle voulait grandiose.

Le 6 décembre 1963, Mrs. Kennedy a quitté la Maison-Blanche pour la dernière fois. Elle s’est installée à Georgetown, puis, à l’été 1964, a décidé de refaire sa vie à New York. Ensemble, nous avons ­visité des appartements. Elle a jeté son dévolu sur l’un d’eux, au 1040 Fifth Avenue. Elle l’a occupé trente ans durant, jusqu’à la fin de ses jours. J’ai quitté son service en novembre 1964. Le jour de mon départ, elle m’a offert un joli album photo intitulé “Les voyages de Clinton J. Hill”. Sur l’un des clichés, pris au Maroc, on me voit en smoking, tout sourire, et elle, la tête tournée vers moi. De sa main, elle a écrit un petit mot : “Mr. Hill, êtes-vous heureux dans votre travail ?” C’était un autre de nos petits secrets... »

Clint Hill est, avec Lisa McCubbin, l’auteur de « Mrs. Kennedy and Me » éd. Gallery Books.

“ 6 secondes à Dallas”

6-secondes-a-dallas-article-landscape-pm-v8.jpgJohn Kennedy vient d’être abattu. Clint Hill tente de rejoindre Jackie, affolée...

22 novembre 1963 : quand Kennedy est tombé sous les balles, leurs vies ont basculé. Pour la première fois, les gardes
du corps du président sortent de leur silence

 

Les gardes du corps de la famille présidentielle étaient une quarantaine et n’avaient qu’une mission : protéger le président. Leur destin a basculé le vendredi 22 novembre 1963, à 12 h 30, à Dallas. Aujourd’hui âgé de 78 ans, Gerald Blain a gardé sa carrure imposante d’ancien bodyguard. Il était affecté au service de nuit le jour du drame. La mort du président, il ne l’a pas vécue en direct. Mais il a fait parler ceux de ses collègues qui ont assisté, impuissants, à la tragédie. Parmi eux, son ami Clint Hill, celui que, sur les photos de l’époque, l’on voit allongé sur le coffre de la limousine présidentielle, quelques secondes après le premier coup de feu. Il était chargé, lui, de la protection de Jackie. Visage buriné, regard perçant, voix grave et profonde : Clint Hill, 78 ans, est un personnage de film. Avec Gerald Blaine, il a rencontré l’Histoire, dans sa dimension la plus dramatique. Pour Paris Match, ces deux hommes d’exception témoignent.

Paris Match. Gerald Blaine, comment vous êtes-vous retrouvé garde du corps du président Kennedy ?
Gerald Blaine. Quand JFK a été élu, le 8 novembre 1960, je servais depuis sept mois dans l’équipe de protection rapprochée de Dwight “Ike” Eisenhower. Un jour, Jim ­Rowley, le directeur des services secrets, me convoque : “Le président est content de vos états de service, me dit-il. Je veux que vous continuiez avec Kennedy. Vous partez dans l’heure le rejoindre à Palm Beach, en Floride, où il va bientôt arriver pour un week-end en famille.”

Vous étiez heureux ?
G.B. Ravi. Depuis mon retour de la guerre de Corée, j’avais soif de reconnaissance et d’aventures. On m’avait parlé de ce White House Detail, le service de protection rapprochée du président des Etats-Unis, chapeauté par les services secrets. J’ai tenté ma chance. Il y avait quelques places pour 40 000 candidats... Entrer au service de John F. Kennedy qui venait d’être élu, c’était pour moi un honneur suprême.

En quoi consistait votre job ?
G.B. Il s’agissait de protéger la vie du président et de sa famille, quoi qu’il arrive. Quitte à sacrifier la nôtre. Ce n’était écrit nulle part, personne ne nous avait fait signer quoi que ce soit, mais c’était implicite. Nous y étions tous préparés. Le job était mal payé – 1,80 dollar de l’heure – et harassant – soixante heures par semaine –, mais nous n’étions pas là pour l’argent.

Et vous, Clint, comment vous êtes-vous retrouvé au service de Jackie Kennedy ?
Clint Hill. Je crois que mes chefs pensaient que ça ­collerait entre elle et moi. Au début, j’étais furieux, j’y ai même vu une sanction. Moi qui avais travaillé dans les services de contre-espionnage, puis sillonné le monde entier avec le président Eisenhower, je me voyais mal inaugurer des salles de bal et des « tea parties » avec la First Lady !

« JFK était facile à décrypter : quand il avait quelque chose en tête, ça se voyait »

Comment s’est déroulée votre première rencontre ?
C.H. J’ai été la voir chez elle à Georgetown. Le courant est passé. J’étais moi-même papa de deux fils à peu près du même âge que Caroline et John-John. Elle m’a demandé de les amener à la Maison-Blanche pour qu’ils jouent ensemble. J’ai dû déployer des trésors de diplomatie pour la convaincre que ce n’était pas une bonne idée. Au moindre problème, j’aurais été affecté ailleurs, et je n’avais aucune envie de la quitter.

Une complicité était née...
C.H. Oui. Mrs Kennedy fumait en cachette avec moi. Un jour, sur le chemin de leur maison de campagne de Middleburg en Virginie, elle a donné l’ordre au chauffeur de s’arrêter, puis : “Mr Hill, puis-je avoir une cigarette ?” Après m’être installé sur la banquette arrière, je lui en ai allumé une, et nous avons bavardé quelques minutes...

Gerald, vous souvenez-vous de votre première rencontre avec John F. Kennedy ?
G.B. Oui, c’était sur le tarmac de l’aéroport de Palm Beach, où le “Caroline”, son avion personnel, venait d’atterrir en provenance de Hyannis Port. Il en est sorti bronzé, tout sourire et rayonnant de beauté. Un comité d’accueil ­enthousiaste l’attendait, assez féminin. Il s’est précipité vers la foule. J’ai dû insister pour qu’il monte dans la Lincoln.

Comment était l’homme John F. Kennedy ?
G.B. Délicieux. Quand il est arrivé à Palm Beach, il nous a dit, avec son inimitable accent de Boston : “Bon, je crois qu’on va passer un bon bout de temps ensemble. Tout le monde connaît mon nom, il va falloir que je connaisse le ­vôtre.” Au début, nous étions désorientés. Il nous appelait le “service du silence” car nous étions habitués à nous taire. Au bout de quelques semaines, il connaissait nos prénoms, ceux de nos épouses et enfants, et se trompait rarement. Nous étions comme tout le monde : sous le charme.

Pendant la crise de Cuba, avez-vous senti le président Kennedy soucieux ?
G.B. Il était sérieux, très concentré. JFK était facile à décrypter : quand il avait quelque chose en tête, ça se voyait sur son visage et je faisais comme si je disparaissais. J’étais avec lui lors de son allocution télévisée où il a révélé la menace ­nucléaire. Une fois les micros éteints, il s’est rendu dans la “Situation Room”, le centre de crise situé au sous-sol. Là, il a jeté un œil sur une photo montrant l’avancée de la flotte soviétique en direction de Cuba. Puis nous avons pris ensemble l’ascenseur vers le bureau Ovale. “Jerry, on est un peu dans le pétrin, m’a-t-il confié. Si quelque chose arrive, vous devez venir avec moi. Comment allez-vous faire avec votre famille ?” Je me suis contenté de lui répondre que ça faisait partie du job.

Et Jackie ?
C.H. Un jour, j’ai dû lui expliquer les procédures en cas d’attaque nucléaire. Elle devait se rendre avec ses enfants dans un bunker. “Si ça doit arriver, Caroline, John-John et moi ­attendrons sagement sur la pelouse que ça se passe”, m’a-t-elle répondu sur un ton qui ne souffrait aucune contestation...

Vous entraîniez-vous au maniement des armes ?
G.B. Oui, mais ces séances étaient rares, car nous n’avions pas le temps et n’étions pas assez nombreux.
Quels étaient vos moyens technologiques ?
G.B. A l’époque, nous n’avions rien. La seule consigne, c’était d’entourer, à cinq ou sept au maximum, le président lors des bains de foule. Pour communiquer, nous utilisions nos mains. Nos lunettes noires nous servaient à repérer les éléments dangereux sans que ceux-ci s’en aperçoivent. Mais nous ne pouvions rien faire contre les snipers.

JFK était-il un président facile à protéger ?
G.B. Non ! Contrairement à Eisenhower, qui se déplaçait toujours en voiture couverte, Kennedy recherchait la proximité avec les gens. Il aimait parader en décapotable, sauf s’il pleuvait ou si le vent risquait de décoiffer Jackie. Un vrai cauchemar de bodyguard.

Le matin du drame, Jackie Kennedy, en tailleur Chanel rose, était d’excellente humeur

La préparation du voyage présidentiel à Dallas, ville hostile, a dû vous donner des sueurs froides...
G.B. Nous n’avions reçu aucune menace spécifique, mais savions que l’endroit était risqué. A quelques jours de l’arrivée du président, le chef de la police locale avait dû restreindre le droit de manifester, et publier un communiqué très inhabituel dans ­lequel il demandait aux gens de se tenir à carreau.

Le président était-il inquiet ?
G.B. Non. Pour lui, ce voyage était important pour sa ­réélection en 1964, c’est pour cette raison qu’il a demandé à Mrs Kennedy de venir, elle qui détestait ces bains de foule. Je me souviens de son départ en hélicoptère sur la pelouse de la ­Maison-Blanche, la veille dans la matinée. John-John, qui avait presque 3 ans, voulait partir avec lui. “Non, tu ne peux pas, je ­reviendrai pour ton anniversaire dans trois jours”, lui a répondu sereinement le président en le confiant à l’agent Bob Foster.

Avez-vous ressenti de la violence sur place ?
C.H. Non, à son arrivée à l’aéroport de San Antonio, sa première halte au Texas, le couple était ovationné, ce qui nous a surpris. Il était aux anges. Elle, moins, mais personne ne s’en est rendu compte. Les réunions s’enchaînaient à une cadence infernale pour nous, mais le voyage était une réussite.

Comment s’est passée la dernière nuit du président ?
C.H. Il est arrivé à minuit et demi au Texas Hotel, à Fort Worth, un vieil établissement défraîchi, le meilleur de la ville. Quatre mille supporteurs l’attendaient sous la pluie. Il a serré des mains pendant une demi-heure, suivi de Mrs Kennedy qui n’en pouvait plus, puis s’est éclipsé dans sa chambre. Je l’entends encore nous dire : “Bonne nuit, à demain !”

Et sa dernière matinée ?
C.H. Elle a commencé à 9 heures à l’hôtel, avec les ­représentants de la chambre de commerce. Comme la First Lady ne venait pas, il m’a demandé d’aller la chercher. “Mrs Kennedy, êtes-vous prête ? Le président vous attend en bas”, lui ai-je dit à travers la porte de sa suite. “J’arrive”, m’a-t-elle répondu, d’excellente humeur. Elle est descendue en élégant tailleur Chanel rose, le président s’est présenté comme “l’homme qui accompagne Jackie”. Le numéro de charme a parfaitement fonctionné, comme d’habitude.

« En 1990, j’ai décidé d’affronter ce souvenir que je ressassais depuis vingt-sept ans »

Comment fut l’accueil à Dallas ?
C.H. Encore plus enthousiaste. On a même failli écraser un jeune qui s’était précipité au milieu de la route. Moi, j’étais posté debout sur le rebord de la voiture suiveuse, côté gauche. ­Parfois je devais descendre et courir pour m’interposer entre la limousine présidentielle et les gens qui s’approchaient un peu trop. Nous roulions à 20 km/h environ. En arrivant sur la Dealey Plaza, la foule était très dense. La limousine a ralenti pour un dernier virage à angle droit, sur la gauche. Nous étions face au Texas School Book Depository, l’immeuble de sept étages servant d’entrepôt de livres scolaires où se trouvait le tireur...

Et vous entendez le premier coup de feu, à 12 h 30...
C.H. Oui. Croyant à un feu d’artifice, j’ai tourné la tête en haut à droite, puis vu le président se tenir la gorge. Je me suis précipité vers la limousine présidentielle.

Quand avez-vous réalisé que le président était mort ?
C.H. Quand j’ai vu sa tête exploser. Il y a eu un deuxième coup de feu que je n’ai même pas entendu. Mrs Kennedy ­hurlait. Par réflexe, elle essayait de ramasser sur le coffre de la limousine les fragments qu’elle avait vu s’échapper du crâne de son mari. J’ai fait un signe à la voiture suiveuse, le pouce en bas. Quand nous sommes arrivés au Parkland Hospital, la voiture était pleine de sang. Mrs Kennedy ne voulait pas qu’on extraie le corps de son mari, de peur qu’on le voie dans un état imprésentable. J’ai déposé la veste de mon costume sur le torse et la tête du président.

Dans quel état Jackie se trouvait-elle ?
C.H. Elle était couverte de sang, sous le choc, mais d’une grande dignité. Un instant, elle a cru que son mari, qui respirait encore, était vivant. Mais le docteur du président lui a annoncé qu’il n’y avait rien à faire. Mrs Kennedy, qui serrait dans sa main un morceau de cervelle, s’est alors mise à pleurer doucement. Il était 13 heures. Bobby Kennedy, le frère du président, a appelé. C’est moi qui l’ai pris au téléphone et j’ai dû trouver une formule pour lui faire comprendre qu’il n’y avait plus d’espoir.

Et vous, comment étiez-vous ?
C.H. J’avais le sentiment d’avoir failli à ma mission, celle de protéger le président, mais je me répétais “Stay on task” (concentre-toi sur ta tâche). Il a fallu trouver un prêtre pour administrer au président les derniers sacrements, faire venir un cercueil en urgence, et organiser le rapatriement du corps à Washington D.C. par Air Force One...

Comment s’est passé le retour en avion ?
C.H. Un peu après 14 h 30, tout le monde était dans Air Force One. Lyndon B. Johnson, la First Lady, le cadavre du ­président. Mrs Kennedy s’est isolée dans la cabine présidentielle pour se nettoyer le visage. Elle m’a demandé : “Mr Hill, que va-t-il vous arriver, maintenant ?” J’ai senti les larmes me monter aux yeux. “Tout ira bien pour moi”, ai-je balbutié les lèvres tremblantes. Un conseiller est entré. “Le vice-­président vous attend pour prêter serment.” Ce fut chose faite à 14 h 38 exactement. Dix minutes plus tard, l’avion quittait l’aéroport Love Field de Dallas, Mrs Kennedy est restée tout le trajet assise à côté du ­cercueil, muette, refusant le sédatif que lui proposait son docteur. Elle n’a ni mangé ni bu, à l’exception de quelques gorgées de café. Les gens étaient prostrés, épuisés, murés dans le silence. Quand je suis rentré chez moi, à 6 h 30 du matin, j’étais terrassé. Avec Mrs Kennedy j’avais dû assister à l’autopsie toute la nuit, voir le corps nu du président à titre de témoin.

Etes-vous retourné à Dallas depuis ce jour ?
C.H. Oui, une fois, en 1990. J’ai décidé d’affronter ce souvenir lancinant. Depuis vingt-sept ans je ressassais la même question : “Et si j’avais réagi une demi-seconde plus tôt ?” Quand je suis arrivé devant le Texas School Book Depository, rien n’avait changé sauf les arbres qui avaient poussé, et l’immeuble avait été transformé en musée consacré à l’assassinat du président. J’avais l’estomac noué. Au 6e étage, je me suis ­approché de la fenêtre d’angle d’où Lee Harvey Oswald a tiré. Et là, j’ai compris. Le tueur avait toutes les cartes en main. Il n’avait qu’à bien viser. Marchant vers la sortie, j’ai commencé à me sentir libéré de la culpabilité qui m’avait fait sombrer dans l’alcool. Mais j’ai pris un pseudo pour signer le livre d’or du ­musée. Je ne voulais pas qu’on sache que j’étais revenu sur les lieux du crime.

“Qu'il n'y ait pas un mot sur l'assassinat de JFK est inexpliquable”

 

qu-il-n-y-ait-pas-un-mot-sur-l-assassinat-de-jfk-est-inexpliquable-article-landscape-pm-v8-1.jpgPour Paris Match, Edward Klein, journaliste, biographe des Kennedy, ami de quinze ans de Jackie, donne son analyse sur les enregistrements.

 

«Cher Ed. J’ai déjà lu cent pages de votre roman et ne puis m’arrêter. Je vais arriver en retard au dîner ce soir et au travail demain, et ce sera de votre faute. Quand ce livre sera adapté en film, on devrait vous confier le rôle principal.» La lettre est signée: «Affectueusement, Jackie.» Nous sommes en mai 1981, et je n’en crois pas mes yeux, stupéfait que Jacqueline O. en personne me tienne des propos aussi flatteurs. Nous nous sommes rencontrés la veille, au cocktail de lancement du roman que je viens de publier chez Doubleday où elle est éditrice. A l’époque, je dirige également le «New York Times Magazine». Je finis par m’armer de courage, j’appelle l’ex-première dame et l’invite à déjeuner. En un rien de temps, nous allons devenir amis. Nous échangeons des ragots. Jackie possède un vrai talent d’imitatrice. Dès que j’ai gagné sa confiance, elle me confie son sentiment sur l’assassinat de son époux. C’est pour combler le vide laissé par son humour et son intelligence que j’ai écrit trois best-sellers sur elle.

Les propos acérés de Jackie sur plusieurs icônes américaines

Comme d’autres historiens, j’ai applaudi la décision de Caroline de publier dès cette année les entretiens de 1964 de sa mère. Durant huit heures et demie, Jackie raconte ses souvenirs de conversations conjugales sur des sujets extrêmement variés: l’échec du débarquement de la baie des Cochons, en 1961; les habitudes de lectures de John Fitzgerald Kennedy; et sa volonté d’empêcher que le vice-président Lyndon Baines Johnson accède un jour à la présidence des Etats-Unis. «Jack [surnom de JFK] disait: “Oh mon Dieu, peux-tu imaginer ce que deviendrait le pays si Lyndon était président?“ Et Bobby [Robert Kennedy, le frère de JFK] m’a dit qu’il en avait discuté avec Jack…: ”Fais en sorte de nommer quelqu’un d’autre [comme vice-président] en 1968.”»

Jackie tient des propos acérés sur plusieurs autres personnalités, qualifiant le leader du mouvement pour les droits civiques Martin Luther King de «problématique» et d’«hypocrite». Elle aurait entendu parler d’un enregistrement du FBI dans une chambre d’hôtel, prouvant que le King avait eu une maîtresse. Jackie s’en prend aussi à sa belle-mère, Rose Kennedy, affirmant qu’elle demandait systématiquement si tel ou tel était catholique. Et de commenter: «Ces Irlandais, on dirait toujours qu’ils se sentent un peu persécutés, non?» Quant à sa belle-sœur, Eunice Kennedy, la sœur de JFK, elle lui prête une ambition démesurée. Et elle accuse Theodore Sorensen, qui écrivait les discours à la Maison-Blanche, d’avoir encouragé la rumeur selon laquelle il aurait servi de nègre pour «Profiles in Courage», un livre de JFK récompensé du prestigieux prix Pulitzer. «Vous savez, Jack pardonnait si vite, dit Jackie. Moi, je n’ai jamais pardonné à Ted Sorensen.» Et pour cause: c’est elle-même qui avait aidé son mari à rédiger cet ouvrage.

Pas un mot sur l'assassinat de son mari

Mais, alors qu’elle multiplie les propos virulents et de nature polémique au fil de ces enregistrements, elle ne mentionne jamais l’événement le plus important de sa vie: l’assassinat de son mari. En tant qu’ami et historien de Jackie, je trouve cette omission plus que curieuse: inexplicable. Etant donné qu’elle parlait de ce drame avec moi, un simple ami, comment ne se serait-elle pas sentie autorisée à l’évoquer devant Arthur Schlesinger Jr., sachant que ses paroles resteraient sous scellés durant cinquante ans? Caroline Kennedy aurait-elle délibérément effacé le matériau le plus explosif des cassettes? Et, si oui, pourquoi?

J’ai fait part de mes interrogations à un témoin crucial: conseiller juridique du clan Kennedy depuis soixante-dix ans, il était souvent présent lors de conversation privées où Jackie parlait du meurtre à ses proches. «Elle était passionnément convaincue de l’existence d’un sombre et vaste complot derrière l’assassinat de son mari, m’a expliqué cet interlocuteur privilégié. Son beau-frère Bobby, en tant que ministre de la Justice, avait demandé une enquête fouillée sur le meurtre. Ce dossier secret, assemblé par le Federal Bureau of Investigation (FBI) et la Central Intelligence Agency (CIA), pointait une possible implication de la mafia dans le drame.» Bobby avait-il montré ces résultats à Jackie? «Oui, répond le conseiller juridique. Même s’il a hésité à le faire et malgré les fortes objections de sa propre épouse, Ethel. Jackie a lu toutes les notes à l’état brut du FBI et de la CIA. Dès lors, elle s’est mise à croire que la mafia avait tué Jack. L’assassinat de Bobby n’a fait que renforcer sa croyance en un complot.

L'obsession de Jackie: que les “monstres” s'en prennent à elle et à ses enfants

Je l’ai souvent vue fondre en larmes en évoquant ce double meurtre. Elle me demandait, en tant que conseiller juridique de la famille, si elle pouvait faire quoi que ce soit pour que la vérité éclate au grand jour. Au fil des ans, elle est devenue obsédée par l’idée que “les monstres”, comme elle appelait les responsables de la mort de Jack et de Bobby, allaient s’en prendre à elle et à ses enfants. Le comportement de sa propre mère, Janet Auchincloss, la renforçait dans cette obsession. Car celle-ci, atteinte de la maladie d’Alzheimer, parlait sans cesse des photos de Jackie s’efforçant de fuir en rampant sur le coffre de la limousine présidentielle après les tirs sur son mari. Les divagations de sa mère accentuaient l’angoisse de Jackie.» Et que pense le conseiller juridique du nouveau livre sur les interviews? «Gardons à l’esprit que Caroline semblait toujours très embarrassée quand sa mère évoquait sa théorie du complot. Elle ne partageait pas cette opinion et trouvait que cela donnait une image bizarre et excentrique à sa mère.»

Jacqueline meurt d’un cancer en mai 1994. En triant ses affaires au 1040 de la Cinquième Avenue, Caroline Kennedy Schlossberg et John F. Kennedy Junior tombent, stupéfaits, sur le fameux dossier commandé par Bobby. Alors qu’ils lui avaient souvent conseillé de le détruire, elle l’avait soigneusement conservé sous clé. Le frère et la sœur craignent que ces pages ne nuisent à la réputation du clan. Ils en passent une partie à la broyeuse et brûlent le reste dans une cheminée. «Leur mère était obsédée par l’idée d’un complot. Jusqu’à la fin de ses jours, reprend le conseiller des Kennedy. Aussi, il est très difficile de croire qu’elle n’en ait pas touché un mot à Arthur Schlesinger Jr. lors de leurs entretiens.» Comme lui, je pense que Caroline a exclu toute mention de l’assassinat du livre qui paraît cette semaine. Et qu’elle l’a fait pour protéger la mémoire et l’héritage de sa mère. Mais, en dévoilant les propos acides de celle-ci, elle la montre sous un jour peu favorable. A l’époque des enregistrements, Jackie avait 34 ans. Quand je l’ai connue, elle avait de 51 à 64 ans et m’a tenu, à moi aussi, des propos acerbes sur plusieurs icônes américaines. Mais le public ne connaissait pas cet aspect d’elle…

Traduction-Adaptation Karen Isère

* Edward Klein est l'auteur de nombreux ouvrages sur les Kennedy dont «La malédiction des Kennedy» (éd. Presses de la Cité) et «Adieu Jackie. Ses derniers jours» (éd. J.C. Lattès).

"Jackie a fait de JFK une statue de marbre"

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Danièle Georget est l’auteur de « Goodbye Mister Président », éd. Le Livre de poche.

 

Du style Jackie, on connaissait le triple rang de perles et les petits chapeaux tambourin. Mais, le 22 novembre 1963, l’icône de la mode devient une héroïne de tragédie, et les cars de touristes font, bientôt, une halte devant sa maison de Georgetown. Jackie Kennedy, 34 ans, est la femme la plus célèbre du monde. Elle se cache derrière des rideaux, prolonge les soirées au daiquiri, ne dort plus, revit en continu le film de Dallas. Pourtant, si Bobby, son beau-frère et son visiteur le plus assidu, s’enferme dans ce problème insoluble : « Qu’aurais-je pu faire pour empêcher ça ? », elle pense déjà à l’art de transformer le passé en Histoire. D’un homme de chair et de sang, elle a décidé de faire une statue de marbre.

Sept jours après l’assassinat, elle a appelé Theodore White, de « Life ». « Il y a quelque chose dont je n’arrive pas à me libérer, lui confesse-t-elle. Une réplique qui est presque devenue une obsession. Le soir, avant de nous coucher, Jack passait deux ou trois disques sur notre vieux Victrola. Il adorait “Camelot” [une comédie musicale]. Surtout la chanson, à la fin… : “Faites que personne n’oublie que, pendant un moment bref et éclatant, il y a eu Camelot.” Il y aura d’autres grands présidents après lui – et elle prend soin de citer Johnson “si extraordinaire”– mais il n’y aura jamais un autre “Camelot”. » Le ton est donné. Le château du roi Arthur, qui a inspiré la comédie musicale écrite par l’auteur de « My Fair Lady », ­devient l’emblème d’une présidence. Voilà pour la ­vitrine.
Les anciens copains en restent bouche bée. Aucun d’eux n’imaginait JFK en romantique de samedis soir à Broadway. Le célèbre humoriste Art Buchwald prétend même qu’en matière musicale ses goûts n’allaient pas plus loin que le « Hail to the Chief ». Mais Jackie a commencé à édifier son temple. Elle veut en être la vestale, et écrit en janvier 1964 : « Je considère que ma vie est finie, et je ne ferai rien d’autre jusqu’à la fin de mes jours qu’attendre qu’elle s’achève pour de bon. »

La vérité devra attendre

C’est l’époque où la commission Warren, pour élucider l’assassinat de JFK, passe ses auditions : 552 témoins sont interrogés, leurs récits consignés dans 26 volumes, déclarés secrets pendant soixante-quinze ans. Cela n’éloigne pas les francs-tireurs. Ainsi, Jim Bishop qui va publier « Le jour où Kennedy fut assassiné ». Jackie décide de torpiller le projet. C’est pourquoi elle convoque William Manchester, professeur d’histoire à la Wesleyan University. Leur entretien commence le 7 avril 1964, par cette question : « Allez-vous vous contenter d’aligner les faits – qui a mangé quoi au petit déjeuner et tout ce qui s’ensuit – ou allez-vous vous ­investir dans le livre ? » Elle lui racontera tout : la nuit qui a précédé la mort, la nuit qui a suivi la mort… Deux années plus tard ­paraît une version totalement expurgée.

Ce ne sont pas seulement les détails intimes qui posent problème mais l’analyse du rôle joué par le président Johnson. Le 16 décembre 1966, celui-ci lui écrit : « Nous avons été affligés d’apprendre, dans la presse, la tristesse qu’avait suscitée en vous le livre de Manchester. [...] Des passages du livre, critiques ou diffamatoires à notre endroit, seraient à l’origine de vos préoccupations. S’il en est ainsi, je tiens à ce que vous sachiez que, si nous apprécions beaucoup votre gentillesse et votre ­sensibilité, nous espérons que vous ne vous attirerez aucun ­désagrément de notre fait. » Johnson a le physique du méchant à Hollywood. Il a été trois ans durant étouffé par un président qui se révèle encore plus écrasant mort que vivant. Bobby, l’ancien procureur général, ne supporte pas de le voir assis dans le fauteuil de son frère. Pour Bobby, il reste l’usurpateur, et peut-être pire encore. A ceux qui tentent de convaincre le président de le neutraliser en le choisissant pour vice-président, Johnson réplique : « Plutôt choisir Hô Chi Minh. »

En 1966, le professeur Manchester – censuré – est allé faire une dépression nerveuse en Suisse. La vérité devra attendre. Jackie l’a enfermée dans un coffre dont elle a jeté la clé. Pour ­cinquante ans. Après la légende du roi Arthur, celle de « La belle au Bois dormant ». Elle a parlé en secret à Arthur ­Schlesinger, ancien professeur d’histoire à Harvard. Lorsque JFK lui a proposé de rejoindre son équipe, Schlesinger s’est écrié : « Comme historien, quelle occasion unique ! Mais comme conseiller spécial, je ne vois pas bien ce que je ferais. » « Et moi, je ne sais pas ce que je ferai comme président, mais je crois qu’il y aura du boulot pour nous deux… » Ils ont la même ­passion de l’Histoire. « Une nation qui a peur de laisser ses ­citoyens juger sur pièces la vérité et la fausseté est une nation qui a peur de ses citoyens », avait proclamé JFK. Jackie s’en souviendra. Trois mois après les enregistrements, elle choisit de revivre. Elle quitte Washington, définitivement. Bobby a décidé de se présenter au siège de sénateur de New York, il n’est pas question d’habiter loin de lui. Elle a compris qu’on n’échappe pas au naufrage accroché à une statue de marbre. On coule ou on lâche.  

Les trésors de John Fitzgerald Kennedy en images

jfk-et-sa-fille-caroline.jpgJFK et sa fille Caroline

La collection privée d'un des plus proches collaborateurs de John Fitzgerald Kennedy, David Powers, décédé en1998, a été mise aux enchères dimanche aux Etats-Unis, près d'un demi-siècle après son assassinat le 22 novembre 1963. Parmi les objets, cette photo de 1963 montrant John F. Kennedy avec sa fille Caroline.

une-lettre-a-sa-mere.jpgUne lettre à sa mère

Parmi les pièces vendues, des dizaines de lettres écrites par JFK et son épouse Jackie Kennedy, ou encore des ouvrages dédicacés par le président lui-même et un stylo utilisé pour parapher un décret présidentiel durant la crise des missiles à Cuba.

des-photos-exclusives.jpgDes photos exclusives

Dan Meader, de la maison d'enchères John McInnis, ne cachait pas son enthousiasme. "Ce qui est incroyable dans tout cela, c'est que cela montre la dimension personnelle", a-t-il déclaré, rapporte l'agence Reuters . "Ce sont des choses vraies, pures, qui proviennent directement de la maison familiale (...) directement du meilleur ami du président."

Jackie Kennedy

Photos prises en 1955.jackie-kennedy.jpg

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Tickets pour un match de la Marine américaine datés de 1962.

Notes manuscrites

Du jour de sa mort, le 22 novembre 1963.notes-manuscrites-1.jpg

la-photo-aux-clowns.jpgLa photo aux clowns

Cliché pris avec John Jr. et Caroline le 31 octobre.

Avec des mineursavec-des-mineurs.jpg

Base cubainebase-cubaine.jpg

Réunion

John F. Kennedy, le président autrichien Adolf Shaerf et le Premier secrétaire du Parti communiste russe Nikita Khrouchtchev.reunion.jpg

"The K", l'exposition Kennedy en images

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"The K", l'exposition Kennedy en images

Retrouvez à la galerie Joseph, 7 rue Froissart à Paris, jusqu'au 30 novembre prochain, une grande exposition consacrée à la vie du président américain assassiné John Fitzgerald Kennedy. A travers des photographies, des lettres et des films d'époque, revivez la légende de JFK et du clan Kennedy.

Le site officiel de l'exposition

 

Commentaires (150)

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Date de dernière mise à jour : 25/10/2013