Kennedy, un héritage d'idéaux mais des réalisations limitées

John F. Kennedy a laissé un héritage politique fait d'espoir et d'idéaux encore vivace aujourd'hui, mais des historiens pointent, derrière le pouvoir séducteur du personnage, un bilan présidentiel resté à l'état d'ébauche.


22 novembre 2013
L'Amérique célèbre ce 22 novembre le 50e anniversaire de l'assassinat de John F. Kennedy, tué par balles à 46 ans à Dallas. Il laisse l'image d'un président plein de vie, icône politique et culturelle rayonnante dans une époque sortant à peine de la morosité d'après-guerre.

L'Amérique célèbre cette semaine le 50e anniversaire de l'assassinat de John F. Kennedy. Un assassinat qui a provoqué une telle onde de choc mondiale que la plupart des gens se rappellent ce qu'ils faisaient au moment où ils ont appris que «JFK» avait été tué par balles, à 46 ans, ce 22 novembre 1963 à Dallas, au Texas (sud).

Un demi-siècle plus tard, l'image laissée par ce jeune président plein de vie, icône politique et culturelle rayonnante dans une époque sortant à peine de la morosité d'après-guerre, est de nouveau passée au peigne fin.

Avec son élection en 1960, JFK s'est imposé comme le prophète du changement, et pour la génération du baby-boom qu'il a inspirée, sa présidence incarne une ère pleine d'espoir, soudainement interrompue en plein vol.

Symbole d'une jeunesse perpétuelle

Kennedy n'est pas devenu vieux et grisonnant. Il est resté le symbole d'une jeunesse perpétuelle et d'une promesse jamais ternie. Pour beaucoup, il demeure ce héros courageux de la Seconde Guerre mondiale, ce candidat à l'allure athlétique et au sourire charmeur, ce père de famille coureur de jupons et marié à l'essence même du glamour, ou encore ce dirigeant qui évita de justesse une guerre nucléaire durant la crise des missiles de Cuba.

Presque tous les présidents américains après lui ont à un moment donné invoqué son héritage, pointant ses capacités rhétoriques et de séduction. Les théories du complot qui ont été avancées sur son assassinat, les révélations sur ses aventures amoureuses sulfureuses ou sur sa santé fragile alors qu'il respirait la santé et l'énergie, ont aidé à forger sa légende.

 

Selon Leonard Steinhorn, qui enseigne l'héritage politique de Kennedy à l'American University, JFK a été le premier président à comprendre, puis à exploiter avec finesse, le pouvoir de la télévision. Kennedy «sert encore aujourd'hui de modèle en ce qui concerne le charisme, la prestance, ou la capacité de diriger que l'on attend de nos présidents», observe-t-il.

Impact minime aujourd'hui

D'autres historiens considèrent l'héritage du 35e président des États-Unis d'un œil plus critique, séparant son bilan effectif de cette image séductrice qu'il s'est attelé à donner.Jeffrey Engel, professeur à la Southern Methodist University de Dallas, estime que «l'impact de John Kennedy reste minime sur les générations actuelles». «C'est un peu tragique à dire, mais son héritage est celui d'une présidence inachevée».

Ainsi, si l'on peut affirmer que Kennedy a donné le ton sur des questions clés des années 1960 comme les réformes sociales, c'est son successeur, Lyndon Johnson, qui les a promulguées.Les experts débattent sur le fait de savoir si JFK aurait été aussi habile politiquement que Johnson pour mettre en œuvre cet agenda, ou s'il serait allé autant de l'avant en matière de droits civiques et d'assurance santé.

Il faut reconnaître qu'au moment de sa mort brutale, une grande partie de son agenda politique était encore en discussion au Congrès, notent les biographes.On ne sait pas non plus si Kennedy aurait été entraîné si loin dans le bourbier de la guerre au Vietnam.

Énorme espoir

«Ceux qui étudient sa présidence constatent que, oui, il avait un immense talent et représentait un énorme espoir pour les Américains, mais ses réelles réussites en termes législatif et diplomatique sont en fait extrêmement réduites», selon le professeur Engel.

Ironie de l'histoire, c'est Barack Obama, premier président noir des Etats-Unis, dont le slogan «Yes We Can» avait bercé la première campagne pour la Maison Blanche, qui aura l'honneur de célébrer le 50e anniversaire de la mort de Kennedy à un moment tendu de son propre mandat.

En 2008, il en avait appelé à l'espoir et l'idéalisme de Kennedy lors d'une cérémonie à l'American University, aux côtés du frère de JFK, le sénateur Edward Kennedy.

«Fut un temps où un autre jeune candidat se présentait comme président et posait le défi à l'Amérique de franchir une nouvelle frontière», avait alors lancé Ted Kennedy à cette époque. «Il en est de même avec Barack Obama. Il a allumé une lueur d'espoir dans notre époque qui en a cruellement besoin».

Mais les appels de Barack Obama au changement se sont heurtés aux divisions partisanes à Washington et à la difficulté de transformer des promesses politiques en actes.Kennedy, lui, reste à jamais figé dans l'histoire et n'aura pas vécu assez longtemps pour voir son potentiel terni par les années et l'expérience.

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Date de dernière mise à jour : 20/11/2013