Assassinat de JFK : "Que faisait Lee Harvey Oswald à Mexico?"

Un demi-siècle après le meurtre de JFK, le grand journaliste d'investigation du New York Times Philip Shenon publie une enquête de près de 700 pages avec de nouvelles révélations. Pour lui, Oswald serait le seul tireur…

En 2008, Philip Shenon est assis à son bureau, à Washington, lorsque le téléphone sonne. Un avocat de renom est à l'autre bout du fil et lui explique qu'il a fait partie de la commission Warren, il y a quarante-cinq ans. L'avocat connaît de bonnes histoires sur la commission, dont un certain nombre n'ont jamais été divulguées. L'assassinat de Kennedy n'est pas un sujet que les journalistes américains sérieux osent approcher avec légèreté. Trop de théories du complot, trop d'hystérie autour de cette histoire. "Mais j'ai fini par changer d'avis et j'ai découvert des choses tellement énormes que l'écriture de mon livre m'a pris cinq ans. Et puis quel journaliste résisterait à un bon scoop, a fortiori lorsqu'il y en a autant? » Révélations en pagaille ou rappels de l'Histoire, Philip Shenon dévoile par le menu un épisode méconnu de la mort de John Kennedy : Mexico, qui dans ces années 1960 est un repaire d'espions. Un homme y aurait été vu et, mieux ou pis encore, surveillé. Il s'appelait Lee Harvey Oswald.

C'est donc la première fois que des membres de la commission racontent de l'intérieur ce qui s'est passé à cette époque?
Absolument. En cinq ans, j'ai parlé avec une douzaine de juristes qui ont participé à cette enquête historique. Ces juristes ne s'étaient jamais exprimés sur la question. Bien au contraire. Toutes ces années, ils ont fui l'affaire Kennedy et son cirque.

Quelles sont les principales découvertes?
Que le médecin légiste James Humes, commandant dans la Navy qui dirigea l'autopsie, a, dans un geste encore inexpliqué, détruit le rapport original décrivant l'autopsie du corps de John Kennedy. Il l'a fait un soir chez lui en brûlant le dossier dans sa propre cheminée. Le cerveau du président disparaît. Mon livre explique pour la première fois comment et pourquoi cela s'est produit. Autre fait troublant, c'est l'obstination de Warren à refuser aux membres de la commission de regarder et surtout d'étudier les photographies et radiographies prises lors de l'autopsie de Kennedy. Warren les gardait avec lui estimant qu'elles étaient tellement horribles, qu'il lui était impossible de les montrer. Il va même jusqu'à vouloir détruire les rapports de la commission. Je raconte aussi comment l'agent du FBI James Hosty, dans un geste sidérant, jette dans la cuvette des toilettes une note écrite par Lee Harvey Oswald dans laquelle il profère des menaces de mort à l'encontre du président américain. L'avocat William Thaddeus Coleman [seul Noir de la commission, qui a connu Castro dans les années 1940 et 1950 à New York] rapporte sa rencontre secrète avec Fidel Castro. Warren lui demande même de ne pas en parler à son équipier direct. Castro a fait passer un message. Il voulait prouver qu'il n'avait rien à voir avec la mort de Kennedy. "En rentrant, je ne leur ai pas dit qu'il n'avait rien fait. Je leur ai dit que je n'avais rien appris qui m'aurait permis de penser qu'il avait pu le faire." Il y a aussi le témoignage de Jacqueline Kennedy. Personne n'a su à quel point Earl Warren la protégeait. Pendant des mois, les avocats de la commission l'ont pressé d'entendre la First Lady. Il s'y est résolu à la toute fin de l'enquête. L'entretien a duré, montre en main, neuf minutes. Il ne l'a pas reçue dans les locaux de la commission mais s'est rendu à son domicile. Son témoignage figure dans les archives rendues publiques de la commission, à l'exception de trois phrases où Jackie Kennedy décrit son geste quand elle essaie de maintenir le crâne de son mari : "J'essayais de maintenir ses cheveux en place."

«Oswald avait été vu entrant 'dans une ambassade communiste', à Mexico»

Beaucoup de révélations et une en particulier, la preuve de la présence de Lee Harvey Oswald à Mexico…
En fait, tout commence avec ce que m'a raconté l'avocat David Slawson, qui à l'époque de la commission Warren [il a à peine une trentaine d'années] était l'un des avocats qui avait la lourde charge de déterminer s'il y avait eu complot dans l'assassinat de Kennedy. Il m'a expliqué que Silvia Duran, une Cubaine, le préoccupait. Il était persuadé qu'elle en savait beaucoup plus qu'il n'y paraissait, mais à sa grande surprise Warren lui interdisait de l'interroger. Silvia Duran est encore en vie, je l'ai retrouvée à Mexico, elle ne voulait pas me parler mais finalement elle s'est exprimée au pied de son immeuble, devant les grilles. Elle a nié en bloc avoir vu Oswald lors d'une réception à Mexico. Mais il existe encore des personnes de cette époque là-bas.

Vous avez retrouvé une note extrêmement précise rédigée par Edgar J. Hoover, le patron du FBI…
En effet, Hoover s'est adressé à la commission en juin 1964. Il a écrit qu'Oswald avait été vu entrant "dans une ambassade communiste", à Mexico et qu'il y aurait proféré des menaces de mort à l'encontre de Kennedy. J'ai montré cette note aux membres de la commission encore vivants et ils ne l'avaient jamais vue ! Ils n'arrivaient même pas à comprendre où elle était passée.

Où l'avez-vous trouvée?
Je l'ai dénichée dans les rapports déclassifiés de la CIA et du FBI, mais elle ne figurait pas dans les papiers de la commission.

On savait que le FBI avait instrumentalisé l'assassinat de Kennedy, mais il semble que la CIA n'ait pas été en reste…
James Jesus Angleton est un personnage très controversé aux États-Unis. Le fait qu'il y ait toutes ses empreintes dans l'affaire est l'une des grosses révélations du livre. Le FBI et la CIA n'ont eu qu'un seul objectif : instrumentaliser la commission et l'induire en erreur afin de masquer leurs bourdes et leur incompétence.

Vous mettez en exergue un autre personnage, l'ancien président Gerald Ford…
Oui, parce que ce fut l'un des autres gros chocs de cette enquête. Ford faisait partie de la commission et avait proposé ses services de "balance" à Hoover, qui les avait acceptés bien évidemment. Lors de la rédaction finale du rapport de la commission, Ford a bien veillé à ce que le FBI soit le plus épargné possible. Il ne faut pas oublier que la réputation de Ford était celle d'un honnête homme, décent et loyal.

L'assassinat de John Kennedy aurait-il pu être évité?
Absolument. Pendant mon enquête, ma surprise a été de constater que cette image très fabriquée de Oswald en loup solitaire très secret, dont on n'aurait jamais pu découvrir ce qu'il avait en tête, était fausse. En fait, la CIA et le FBI en savaient beaucoup sur cet individu. Les deux agences avaient surveillé Oswald, et notamment la CIA à Mexico. Il suffisait de recouper toutes les informations entre elles avant le 22 novembre 1963 et d'avertir les services secrets.

Sait-on, aujourd'hui, qui a tué Kennedy?
La plupart diront que les conclusions de la commission Warren sont exactes. Lee Harvey Oswald a agi tout seul. Mais la séquence de Mexico City sous-entend qu'une ou plusieurs personnes ont pu influencer la prise de décision finale et fatale d'Oswald de tuer le président John Kennedy à Dallas, au Texas, le 22 novembre 1963.

Anatomie d'un assassinat, de Philip Shenon, Presses de la Cité, 668 p., 23 euros.


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