l'onde de choc d'un assassinat

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Cinquante ans après, le traumatisme collectif semble intact à l'heure des commémorations officielles.

Il y a cinquante ans jour pour jour, le président Kennedy était assassiné à l'âge de 47 ans à Dallas, Texas. Signe d'un traumatisme collectif exceptionnel - que beaucoup n'hésitent pas à comparer au 11 septembre 2001 -, l'écrasante majorité des Américains en âge d'être conscients se souviennent exactement de l'endroit où ils étaient. Pendant quatre jours, la nation pleura à chaudes larmes et s'installa, prostrée, devant les postes de télévision pour vivre au rythme des images qui défilaient en boucle: la liesse de Dallas, le chaos d'après l'attentat, l'arrestation d'Oswald et son assassinat par Jack Ruby. Les obsèques nationales orchestrées par Jackie sur le modèle de celles de Lincoln. La première dame suivant le cercueil de son mari, telle une vestale de tragédie grecque derrière sa voilette noire. Et enfin John-John, 3 ans, faisant le salut militaire, pour dire au revoir à son père.

Un séisme pour le pays. «L'attentat sonnait la fin de l'innocence de la génération des baby-boomers, après l'insouciance de l'après-guerre», explique Stephen Fagin, directeur adjoint du Musée du 6e Étage à Dallas. «Il annonçait la violence des années 1960, l'assassinat de Martin Luther King, de Bobby Kennedy, puis les affres de la guerre du Vietnam.» Les lourds mystères entourant le drame - et l'assassinat du suspect Lee Harvey Oswald - «allaient faire naître un soupçon gigantesque vis-à-vis du pouvoir politique, colorant les convictions de la génération Kennedy pour de longues années», note Tom Stone, professeur à l'Université méthodiste du Sud à Dallas, qui donne un cours sur Kennedy depuis vingt ans. Les théories du complot proliféreraient, impliquant tour à tour la CIA, le FBI, la mafia, l'URSS, Castro, les anti-Castro et même le président Lyndon Johnson. À l'inverse, l'injustice de sa mort et la brièveté de son temps au pouvoir solidifieraient la légende de Kennedy, entretenant une passion de l'opinion qui, cinquante ans plus tard, reste incroyablement vivace, malgré les révélations scabreuses sur ses obsessions sexuelles et ses mensonges sur sa santé. «L'épreuve du temps lui a été épargnée, la passion dure parce que l'histoire reste inachevée», note le professeur Stone.

Un million de «pèlerins»

La manière dont l'Amérique célèbre le cinquantenaire du 22 novembre en dit long sur cette adoration persistante. Des milliers d'articles et des centaines de livres sont sortis ces dernières semaines, ajoutant aux quelque 40 000  ouvrages déjà publiés à travers le monde sur la vie de Kennedy et le mystère de sa mort. Films et émissions prolifèrent sur toutes les chaînes. Des conférences sont données pour évaluer sa présidence. Des milliers de théoriciens du complot conversent avec ardeur sur Internet, réclamant l'ouverture complète des archives de la CIA, supposée se produire en 2017.

Consciente de la puissance du mythe Kennedy, et soucieuse d'en assurer la filiation, la Maison-Blanche n'est pas en reste. Comme tous ses prédécesseurs avant lui, Barack Obama a déposé mercredi une gerbe à la mémoire de Kennedy, au cimetière d'Arlington en présence du président Clinton. Les deux hommes ont tenu la main d'Ethel Kennedy, veuve de Bobby, tandis qu'ils montaient les marches vers la tombe de JFK et de sa femme. La présence de Clinton n'était pas un hasard. Le 42e président des États-Unis a été profondément marqué par Kennedy, qu'il avait rencontré, tout jeune, à la Maison-Blanche. Mercredi, Obama a d'ailleurs décoré Bill Clinton et plusieurs autres personnalités de la médaille d'honneur, créée par JFK. Ce vendredi, il rencontrera en privé plusieurs leaders et volontaires du «Peace Corps», créé par Kennedy pour des missions bénévoles à travers le monde. Une grande commémoration organisée par la ville de Dallas, aura également lieu pour la première fois depuis l'attentat. Preuve du désir de la ville de faire enfin la paix avec cette sombre page de son histoire.

La passion ne semble pas s'émousser avec les temps, alors que les deux tiers des Américains n'étaient pas nés en 1963. Un million de «pèlerins» est attendu cette année à Dallas.

 

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