Le président américain prononça il y a 50 ans un discours aussi révolutionnaire que celui de Madiba, symbole de la lutte contre l'apartheid.

Au moment où Nelson Mandela, qui est devenu le symbole de la victoire contre l'apartheid et le porte-drapeau de l'égalité des droits entre les races, achève sa vie, porté par le respect et l'affection du monde entier, on peut peut-être se souvenir qu'il y a cinquante ansJohn Kennedy prononçait un discours qui était, pour l'époque auxÉtats-Unis, aussi révolutionnaire que celui du père de la nation sud-africaine demandant à ses frères noirs de déposer les armes et de tendre la main aux Blancs.

Car si dans l'Afrique du Sud des années 60 on appelait cela "l'apartheid", à des milliers de kilomètres de là, dans le pays le plus puissant de l'hémisphère Nord, c'était la "ségrégation" qui était la règle, au moins dans la plupart des États du sud des États-Unis. Et pour la population noire du Dixieland, même si le mot n'était pas le même pour désigner la séparation des races, le principe était semblable à celui de Johannesburg ou du Cap. Chacun dans son école, ses bus, ses cinémas, ses quartiers et même ses toilettes. "White only" à Little Rock comme à Pretoria.


 

Il y a 50 ans, le 11 juin 1963, le gouverneur Wallace avait engagé un bras de fer avec le gouvernement fédéral, bloquant les accès au campus de l'université d'Alabama pour empêcher l'intégration de deux étudiants noirs. Il pariait que le président Kenedy se dégonflerait devant le risque d'affrontements violents. Or, JFK ne trembla pas et fit donner la garde nationale, ce qui provoqua la déroute des amis de Wallace.

L'affaire terminée, tout le monde croyait que Kennedy allait en rester là. Pourtant, contre l'avis de ses conseillers, il demanda aux trois principales chaînes de télévision un créneau en prime time. Et il fit, ce soir-là, compte tenu de la mentalité de l'époque, un des discours les plus audacieux de sa carrière en demandant au peuple américain, dont il savait à quel point il était divisé sur le sujet, notamment dans son propre parti, le Parti démocrate, de faire de la lutte contre l'apartheid "un problème moral". Il ajouta surtout cette phrase qui allait devenir un leitmotiv : "L'Amérique, avec tous les espoirs et toutes les capacités qu'elle représente, ne sera jamais libre tant que tous ses citoyens ne le seront pas."

Dans la semaine qui suivit et jusqu'à sa mort, quelques mois plus tard, JFK batailla ferme devant le Congrès pour faire aboutir un ensemble de dispositions législatives qu'on appela le Civil Rights Act. Et si son assassinat, dans une avenue de Dallas en novembre 63, interrompit un des combats qu'il avait le plus à coeur, sa disparition, et l'émotion qu'elle suscita autour des idées qu'il avait lancées, permit à Lyndon Johnson, son successeur, de faire voter plus facilement par le Congrès le 2 juillet 1964 ce Civil Rights Act. Cent ans après l'émancipation des esclaves par Lincoln, les Noirs avaient donc dans la société américaine une place, dont, à voir l'un des leurs aujourd'hui élu et réélu à la Maison-Blanche, on peut dire qu'ils l'ont occupée comme Kennedy le leur avait promis. 

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Date de dernière mise à jour : 06/12/2013