Les destins de Lincoln et Kennedy: pure coïncidence ou synchronicité

Pour illustrer cette inéluctabilité du destin, une énigme qui est, jusqu'à présent; encore sans explication rationnelle est l'analogie entre les destins tragiques des deux présidents américains: Abraham Lincoln et John Fitzgerald Kennedy. Dix faits différents à un siècle d'intervalle ont eu lieu selon un même protocole, avec les mêmes dates à un siècle d'intervalle et les mêmes noms de protagonistes de ce drame, dans les mêmes circonstances. Les contributions suivantes à ce sujet, extraites de l'ouvrage de François Rothen La face cachée de la Lune, ainsi que les données de Wikipédia nous permettent d'en saisir toute l'intrigue. Nous avons gardé parmi les multitudes que quelques-unes qui nous semblent indiscutables: les deux anciens présidents des Etats-Unis, Abraham Lincoln et John Kennedy ont eu à «partager» les faits suivants:
- «Ils ont été élus à la présidence à exactement 100 ans d'intervalle (en 1860 et 1960). Auparavant, ils avaient été élus au Congrès à 100 ans de distance (en 1846 et 1946). Ils ont tous les deux perdu un enfant pendant qu'ils étaient à la Maison-Blanche.
-«Tous les deux étaient impliqués dans la défense des droits civils. Lincoln défend l'abolition de l'esclavage et Kennedy défend l'émancipation des Noirs. L'aboutissement de cette lutte: le 13e amendement de la Constitution qui abolit l'esclavage est ratifié le lundi 18 décembre 1865.
-«Aucun des deux présidents n'a vu le résultat de sa lutte de son vivant, survenu dans un même délai après leur décès. Huit mois après la mort de Lincoln, alors que le Civil Rights Act reconnaissant les droits civiques aux noirs est voté en juillet 1964, huit mois après la mort de Kennedy.
- «Ils ont tous les deux été assassinés un vendredi, en présence de leur épouse. Ils sont morts d'une balle dans la tête, tirée par derrière.
- «Robert et Edward sont les prénoms de deux des fils de Lincoln (Robert Todd Lincoln (1843 -1926) et Edward Baker Lincoln (1846-1850)), et de deux des frères de Kennedy (Edward Kennedy et Robert Kennedy)
-«Les deux assassins furent eux-mêmes assassinés avant d'avoir été jugés.
-«Le successeur de Lincoln s'appelait Andrew Johnson et celui de Kennedy Lyndon Johnson. Les deux Johnson étaient nés à 100 ans de distance (en 1808 et 1908). Andrew Johnson est mort 10 ans après Lincoln, et Lyndon Johnson est mort 10 ans après Kennedy.
-«Le secrétaire de Lincoln s'appelait (John) Nicolay. La secrétaire de Kennedy s'appelait Evelyn (Lincoln).
- «Les noms de Lincoln et Kennedy comportent 7 lettres, et les noms et prénoms de leurs assassins comptent 15 lettres (John Wilkes Booth et Lee Harvey Oswald).
-«La voiture dans laquelle Kennedy fut assassiné était une Lincoln. La Lincoln de Kennedy était fabriquée par Ford.
-Stephen Douglas concurrent de Lincoln battu à l'élection présidentielle de 1860, était né en 1813, Richard Nixon concurrent de Kennedy battu à l'élection de 1960 était né en 1913» (7)
Que faut-il en conclure? Est-ce une coincidence ou existe-t-il une liaison irrationnelle? «Quand on les met en perspective lit-on dans la contribution suivante, on découvre une analogie frappante entre les vies des deux présidents. Mais il ne faut pas d'emblée crier au miracle. (...) les coïncidences sont nombreuses et l'analogie qui en résulte surprenante. Mais une question se pose immédiatement. Faut-il les attribuer au hasard? A contrario, une influence mystérieuse s'est-elle manifestée en semant tant de points de convergence le long des vies des deux malheureux présidents?» (8)
«(...) On peut voir poursuit le commentateur, dans cette suite de coïncidences une preuve de la réincarnation. Mais ce n'est pas la seule explication possible. Peut-être existe-t-il ce qu'on pourrait appeler des «âmes corrélées», c'est-à-dire des liens quantiques entre des êtres régis par une matrice commune à un niveau d'organisation supérieur. Le mot «quantique» est ici particulièrement révélateur. L'auteur attribue un pouvoir magique à un phénomène dont il ignore tout. Pour ceux qui refusent ce clinquant de pacotille, les coïncidences qui jalonnent les vies de Lincoln et de Kennedy ne sont que le fruit du hasard, un mot que Le Petit Robert définit ainsi: Hasard: [...] Cause fictive de ce qui arrive sans raison apparente ou explicable, souvent personnifiée au même titre que le sort, la fortune, etc. «Tout ce qui existe est le fruit du hasard et de la nécessité» (Monod)». (8)

Un moment décisif
«L'esprit rationnel poursuit l'auteur rejette tout lien autre que fortuit en ce qui concerne la synchronicité, un terme consacré par Carl Gustav Jung, un grand nom de la psychiatrie et de la psychanalyse helvétique, qui en donne un exemple vécu (...). Dans un moment décisif de son traitement, une jeune patiente eut un rêve où elle recevait en cadeau un scarabée doré. Tandis qu'elle me racontait son rêve, j'étais assis le dos tourné à la fenêtre fermée. Soudain, j'entendis derrière moi un bruit, comme si quelque chose frappait légèrement à la fenêtre. Me retournant, je vis qu'un insecte volant à l'extérieur heurtait la vitre. J'ouvris la fenêtre et attrapai l'insecte au vol. Il offrait avec un scarabée d'or l'analogie la plus proche qu'il soit possible de trouver sous nos latitudes (...). Dans cet événement mineur, Jung voit un signe difficile à décrypter, certes, mais qui va au-delà du hasard et qui est à même de jeter un pont entre matière et psychisme. Il le classe parmi les exemples de coïncidences entre deux événements qui sont «liés par le sens», mais n'ayant pas de connexion causale. Pour exprimer les choses d'une autre manière: certains phénomènes «sont caractérisés par la coïncidence pleine de sens d'un phénomène physique avec un phénomène psychique sans qu'on puisse imaginer une raison ou un mécanisme de causalité évident.» Le terme important, ici, c'est l'expression «pleine de sens». Ce qui peut surprendre, c'est que, dans son étude de la synchronicité, Jung ait été soutenu par le physicien théoricien Wolfgang Pauli, prix Nobel de physique de 1945. En réalité, il n'y a pas lieu d'être étonné. Rien ne s'oppose à ce que les hommes de science aient des croyances, quelle que soit leur nature.» (8)
«(...) Pour le rationaliste conclut l'auteur, la similitude des destins de Lincoln et de Kennedy ainsi que l'anecdote du scarabée doré s'interprètent comme des coïncidences fortuites. (...) Le rationaliste déjà évoqué en conclut qu'elles peuvent parfaitement relever du seul hasard, compte tenu du fait que la fonction présidentielle de Lincoln et Kennedy les exposait tous deux à certains risques et notamment à celui d'être tués en cours de mandat. (8)
En fait, si on devait simplement expliquer la synchronicité, il nous faut imaginer deux esprits qui, en surface sont différents et n'ont aucune relation apparente, mais qui sont en profondeur reliés comme le seraient des fils téléphoniques individuels à un immense standard dans les profondeurs du psychisme.
L'être humain conclut l'auteur, est friand de merveilleux. Il n'est pas toujours sensible à celui qui nous entoure au quotidien, le miracle permanent que constituent l'existence de l'homme et celle de la nature, ce merveilleux que Kant a résumé d'une seule phrase: «Deux choses emplissent l'âme d'une admiration et d'un respect qui croissent à mesure que l'on y pense: le ciel étoilé au-dessus de ma tête et la loi morale dans mon coeur.» En définitive, existe-t-il un moyen de décider si les coïncidences en jeu sont fortuites ou significatives?» (8)
La question reste posée.

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